Appel renouvelé contre les conditions des migrants

Un groupe d'associations et de particuliers a relancé un appel lancé pour la première fois en 2015, dénonçant la dégradation des conditions de vie des migrants sur le littoral français. L'appel constate qu'en 2026, il n'existe plus une seule « jungle », mais plusieurs : des campements informels s'étendent de Dunkerque à Berck, où vivent entre 2 000 et 3 000 personnes dans une situation de vide administratif.

Appel initial et ses objectifs

L'appel initial, signé par près de 50 000 citoyens et 800 personnalités publiques en octobre 2015, avait été rédigé par des membres du Collectif de cinéastes pour les « sans-État ». Il s'adressait au gouvernement français et réclamait un plan d'urgence global pour mettre fin aux conditions déshumanisantes de la jungle de Calais, tout en critiquant l'absence d'engagement de l'État.

Action du gouvernement et ses conséquences

En octobre 2016, le gouvernement français a démantelé la jungle de Calais, expulsant ses habitants et les dispersant à travers le pays. Si l'opération a été saluée par les médias, elle n'a pas offert de solution durable à ceux qui ne voulaient pas rester en France, notamment de nombreux mineurs non accompagnés. Depuis, ces personnes et d'autres sont revenues sur le littoral, ce qui a conduit à la multiplication actuelle des campements informels.

Une politique répressive de longue date

La politique du « point fixe zéro », en vigueur depuis les années 1990, prévoit des expulsions toutes les 48 heures, la saisie des effets personnels, un accès limité aux services et des obstacles à l'aide apportée par des tiers. Cette politique a été critiquée pour sa dureté et son caractère inhumain. Depuis les années 1990, au moins 559 personnes sont mortes en tentant de rejoindre le Royaume-Uni, dont 22 enfants en 2024 et 2025.

Du désengagement à la répression

Les pouvoirs publics sont passés d'une politique de désengagement à une répression active, mettant en danger à la fois les migrants et ceux qui les aident. La France et le Royaume-Uni ont investi plus de 1,5 milliard d'euros depuis 2018 dans des mesures hostiles plutôt que dans l'accueil. Des mesures telles que les barbelés, les expulsions et la construction de barrières ont causé des morts et de l'épuisement, et ont étendu la frontière de Calais jusqu'à Cherbourg et en Belgique.

La criminalisation de l'aide aux migrants

La criminalisation de la solidarité et de l'hébergement est devenue une caractéristique des politiques actuelles, approuvée par des responsables politiques. Malgré cela, les habitants du littoral, les bénévoles et les associations continuent de soutenir les migrants, refusant la banalisation de conditions inhumaines. Calais est devenue un « laboratoire » des politiques qui remettent en cause les droits humains aux frontières européennes, de la Méditerranée à la Manche.

Retour de réglementations restrictives

Depuis 2016, le règlement de Dublin a été rétabli, limitant l'accès des personnes à l'asile. Le pacte européen sur la migration et l'asile, entré en vigueur cette année, a renforcé les contrôles aux frontières européennes. Un récent accord franco-britannique, « un pour un », a pris fin : il a conduit au renvoi de centaines de migrants du Royaume-Uni vers la France, sans solution pérenne. Des groupes d'extrême droite en Grande-Bretagne ont propagé la haine dans les camps de migrants, en s'appuyant sur des mythes tels que le « appel d'air » et le « grand remplacement » pour justifier leur rejet.

Revendications de l'appel renouvelé

Le collectif demande la fin des mesures répressives et sécuritaires, notamment les expulsions et la politique du « point fixe zéro », et réclame des solutions d'hébergement dignes. Il demande également le respect du libre choix du pays d'asile, y compris la suspension du règlement ReGAM, ainsi que la fin de la criminalisation de la solidarité. L'appel appelle à une coopération franco-britannique centrée sur l'accueil et l'ouverture de voies légales et sûres, plutôt que sur la répression.

Signataires de marque de l'appel

Parmi les signataires de l'appel renouvelé figurent Annie Ernaux, prix Nobel de littérature ; Camille Etienne, militante et autrice ; Marina Foïs, actrice ; Adèle Haenel, actrice ; Édouard Louis, écrivain ; Corinne Masiero, actrice ; Guillaume Meurice, humoriste ; Yolande Moreau, actrice ; Geoffroy de Lagasnerie, philosophe ; Didier Eribon, philosophe ; Didier Fassin, professeur au Collège de France ; Danièle Lochak, universitaire et ancienne présidente du Gisti ; Frédéric Lordon, philosophe ; Françoise Vergès, autrice ; Jean-François Corty, président de Médecins du monde ; Isabelle Defourny, présidente de Médecins sans frontières ; Yann Manzi, fondateur et directeur général d'Utopia 56 ; Bruno Morel, président d'Emmaüs France ; Anne Savinel-Barras, présidente d'Amnesty International France ; et Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l'homme / Human Rights).