Des lycéens réclament davantage de temps personnel, estimant que l'éducation ne devrait pas occuper toute leur vie. Le Café pédagogique souligne le besoin de temps pour grandir au-delà de la salle de classe.
Un professeur définit le temps libre
Maxime Travert, professeur à l'Université Aix-Marseille, affirme que « le temps libre n'est pas le temps qui commence lorsque l'éducation s'arrête. C'est aussi l'un des temps où elle se poursuit. » Cette réflexion provient d'un article intitulé « Quand les lycéens revendiquent du temps libre », publié sur Le Café pédagogique.La mobilisation lycéenne met en lumière les emplois du temps
Les lycéens se mobilisent depuis plusieurs jours pour dénoncer des professeurs absents, des classes surchargées, des bâtiments dégradés et des problèmes liés à Parcoursup. Une revendication importante concerne toutefois leurs emplois du temps, qui commencent souvent à huit heures et se terminent à dix-sept ou dix-huit heures, avec de longues attentes entre les cours et des heures de rattrapage supplémentaires.Le temps scolaire déborde de la salle de classe
La question ne se limite pas aux heures passées au lycée. Après les cours, les élèves doivent rentrer chez eux, souvent après de longs trajets, puis faire leurs devoirs, préparer leurs évaluations et achever leurs exposés. La journée scolaire se prolonge ainsi à la maison. Si l'on accorde beaucoup d'attention au temps que les élèves doivent consacrer à l'école, on s'intéresse moins au temps qui leur reste une fois ses exigences remplies.Le temps libre, un espace d'apprentissage alternatif
Ce temps restant n'est pas nécessairement vide ni à remplir au plus vite. Il ne se soustrait pas non plus aux apprentissages. Il peut être l'un des moments où les adolescents poursuivent leur formation autrement. En cherchant à remplir leurs journées pour assurer leur réussite, on risque de les priver d'une partie de ce dont ils ont besoin pour se construire.Le temps libre favorise l'épanouissement personnel et la confiance en soi
Le temps libre est avant tout un temps pour s'exercer autrement. Il peut consister à poursuivre une activité ou à en découvrir une nouvelle, comme le sport, la pratique d'un instrument, le dessin, la cuisine, le bricolage, la lecture, la danse, la visite d'un musée, la sortie au cinéma, ou l'adhésion à une association ou à un club. Ces moments d'exploration permettent aux adolescents de devenir les auteurs d'une partie de leur propre éducation.Le temps libre développe les relations et les compétences sociales
Le temps libre est aussi un temps pour gagner confiance en soi. Une pratique volontaire et régulière permet de découvrir ce que l'on sait faire et ce que l'on peut apprendre. En s'y engageant, on rencontre des difficultés, on fait des efforts, on cherche des solutions et l'on constate ses progrès. On apprend à persévérer, à accepter les essais et les erreurs, et à reconnaître ses capacités.Le temps libre favorise des liens significatifs
Le temps libre est également un temps pour choisir ceux avec qui l'on est proche. Partager un goût, une activité ou un projet donne l'occasion de nouer des relations avec des personnes que l'on a envie de revoir. Ces rencontres peuvent mêler les âges, les milieux et les parcours. On apprend à faire le premier pas, à trouver sa place dans un groupe et à entretenir les relations auxquelles on tient.Le temps libre donne du sens aux apprentissages
Le temps libre est enfin un temps pour donner du sens à ce que l'on apprend. Les connaissances et les compétences acquises au lycée permettent de mieux comprendre le monde, de questionner les informations qui circulent et de forger une opinion. En dehors de l'école, une lecture, une discussion, une rencontre ou un engagement offre l'occasion de les mobiliser et de les approfondir.Le paradoxe de l'éducation et du temps
Ces quatre dimensions mènent au même paradoxe. On demande à l'école de préparer les jeunes à vivre en dehors d'elle, tout en organisant parfois leur quotidien de manière à ce qu'ils disposent de peu de temps pour le faire. Une école qui prétend préparer à la vie doit aussi laisser le temps de la vivre.Repenser les priorités éducatives
La revendication actuelle des lycéens concernant leurs emplois du temps mérite donc mieux que des discours alarmistes sur la valeur du travail, des craintes d'un allègement des programmes ou la proposition faussement conciliante d'alléger les journées à condition d'allonger l'année scolaire. Elle nous oblige à poser une question éducative bien plus profonde. Nous avons beaucoup réfléchi au temps nécessaire pour apprendre. Il nous faut désormais nous demander quel temps nous devons leur laisser pour devenir autre chose que des élèves.