L'industrie française risque l'effondrement avec le recul de la production, la disparition d'emplois et la dépendance aux importations dans des secteurs stratégiques, appelant à des réformes urgentes.
Déclin de l'industrie française
Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, met en garde : le secteur industriel français ne représente plus que moins de 13 % du PIB national, contre 18 % en Allemagne et 20 % aux États-Unis. Il souligne la perte de 1,9 million d'emplois directs dans la fabrication entre 2000 et 2025, certaines industries comme la machine-outil ou l'électronique grand public ayant pratiquement disparu du pays.Des secteurs clés en déclin
L'industrie automobile illustre ce recul : en 2000, Renault et Stellantis fabriquaient 80 % de leurs véhicules en France, contre 42 % aujourd'hui. L'industrie électronique a elle aussi disparu, aucun smartphone ni téléviseur n'étant désormais assemblé sur le territoire. Par ailleurs, le secteur pharmaceutique a délocalisé sa production, ce qui a mis au jour des vulnérabilités lors de la crise sanitaire de 2020-2022.Les obstacles structurels à la relance
Eric Trappier identifie trois principaux freins au redressement industriel : des coûts de main-d'œuvre élevés, une réglementation excessive et des délais administratifs importants. Les industriels français affichent un coût horaire moyen de la main-d'œuvre de 38 euros, contre 34 euros en Allemagne et 28 euros en Espagne. Le pays ajoute par ailleurs 15 000 nouvelles réglementations chaque année, ce qui alourdit les coûts de conformité pour les petites et moyennes entreprises.Les difficultés de financement de la relance
Le plan France 2030, doté de 54 milliards d'euros, vise à relancer la production nationale. Toutefois, la Cour des comptes indique que 19 milliards d'euros d'aides restent inutilisés, ce qui illustre la difficulté à distribuer les fonds publics. Reconstruire des industries comme l'automobile ou l'électronique exige des investissements massifs, souvent supérieurs à ce que la sphère publique peut fournir.Comparaison avec des modèles qui réussissent
L'Allemagne conserve une base industrielle solide grâce à la formation professionnelle, à des pôles industriels régionaux et à des négociations sociales concrètes. Les États-Unis renforcent également leur position industrielle avec l'Inflation Reduction Act, qui accorde des incitations fiscales directes aux industries vertes, une stratégie plus efficace selon lui que les subventions françaises.Les risques d'un déclin prolongé
Sans action, la France risque de dépendre excessivement des importations pour l'énergie, la santé, la défense et l'alimentation, une situation que Trappier qualifie de « vassalité économique ». Le déficit commercial industriel a atteint 78 milliards d'euros en 2025, ce qui accroît l'endettement et affaiblit la monnaie. La France ne compte pas de leaders mondiaux dans le numérique, les batteries ou la robotique industrielle, ce qui la rend vulnérable aux perturbations des chaînes d'approvisionnement.Conséquences sociales et régionales
La désindustrialisation a entraîné un chômage élevé dans des régions comme la Lorraine, le Nord et la vallée de la Seine, avec des taux supérieurs à 12 %, ainsi qu'une hausse du décrochage scolaire. Les jeunes qualifiés quittent ces territoires pour des villes tournées vers les services, ce qui entraîne un déclin démographique et social. Les emplois industriels génèrent davantage d'emplois indirects que les emplois de services, ce qui aggrave encore les effets de la perte de l'industrie manufacturière.Appel à l'action politique
À l'approche de l'élection présidentielle, Eric Trappier demande aux candidats de présenter leurs stratégies industrielles ainsi que leur volonté de consentir des sacrifices budgétaires en faveur de la réindustrialisation. Il leur demande quelles réformes ils mettraient en œuvre en matière de fiscalité, de réglementation et d'administration. Leurs réponses détermineront si la France pourra préserver son indépendance économique ou si elle sombrera dans une dépendance irréversible.