La France accorde un nombre record de dérogations aux pesticides, contournant les alertes sanitaires et suscitant des inquiétudes environnementales.
Record number d'autorisations dérogatoires pour des pesticides interdits en France
En 2025, le ministère français de l'Agriculture a accordé plus de 130 dérogations autorisant l'utilisation de pesticides interdits en France, un chiffre qui constitue un record européen. Ce nombre devrait encore augmenter en 2026, faisant de la France le pays de l'Union européenne qui accorde le plus de dérogations pour des pesticides non homologués.Des dérogations principalement pour des insecticides agricoles
La plupart des dérogations concernent des insecticides utilisés dans l'agriculture conventionnelle, en particulier en arboriculture fruitière, notamment pour les pommes, les poires et les cerises. Ces produits avaient été retirés du marché en raison de risques pour la santé, mais ils sont aujourd'hui de nouveau utilisés grâce à des autorisations spéciales.Certains pesticides interdits réautorisés malgré les risques
Plusieurs pesticides interdits ou restreints en raison de préoccupations sanitaires et environnementales sont réautorisés par le biais de dérogations. Par exemple, Avadex Factor, un herbicide auparavant rejeté en raison du risque de contamination des nappes phréatiques, est autorisé jusqu'en janvier 2027 pour l'orge d'hiver. De même, Movento, un insecticide interdit dans l'UE en 2024, reste autorisé en France pour certaines cultures.Les produits biologiques font également l'objet d'un examen attentif
Un nombre plus restreint de dérogations concerne des produits utilisés en agriculture biologique, comme Curatio, un fongicide à base de soufre et de calcium. Bien qu'il soit autorisé en agriculture biologique, son homologation avait été refusée par le passé en raison des risques pour les organismes du sol.Les dérogations ont progressé au fil du temps
Le nombre de dérogations a fortement augmenté, passant d'environ 70 par an à la fin des années 2010 à plus de 100 par an aujourd'hui. Le ministère de l'Agriculture invoque des facteurs tels que la diversité des cultures et la complexité des conditions météorologiques pour expliquer cette hausse, mais des associations environnementales estiment qu'elle montre que l'interdiction de certains pesticides n'est pas efficace.Des évolutions proposées pourraient prolonger les dérogations
Dans le cadre du paquet législatif « Omnibus X » sur les pesticides, certains parlementaires européens proposent de permettre le renouvellement annuel des dérogations pendant une durée pouvant aller jusqu'à cinq ans. Cette éventuelle modification suscite l'inquiétude des organisations environnementales, qui estiment qu'elle pourrait affaiblir la réglementation existante sur les pesticides.