Une crête rocheuse culminant à 250 mètres et une silhouette visible à 50 kilomètres à la ronde sont les deux détails qui frappent immédiatement quiconque s’approche du Rajasthan, dans le district de Baran, à environ 200 kilomètres au sud de Jaipur. S’y dresse un vaste bassin qui n’est pas naturel au sens classique. Ni cône volcanique, ni méandre patiemment creusé par un fleuve : ce que la nature a façonné ici relève d’une histoire bien plus violente et bien plus ancienne qu’il n’y paraît de prime abord. Le cratère de Ramgarh, en Rajasthan, mesure environ 4 kilomètres de diamètre et s’est formé dans du grès néoprotérozoïque. C’est le géophysicien A.R. Crawford qui a démontré en 1970, à partir des cratères d’impact, l’origine météorique du bassin. Au centre du cratère se trouve le temple Bhand Devra, dédié à Shiva et construit au Xe siècle, orné de sculptures d’apsaras et de scènes érotiques. À l’intérieur de cette vaste dépression, la rivière Parvati a creusé son lit à travers une brèche naturelle, donnant naissance à un lac et une zone humide qui contrastent avec l’aridité relative du paysage environnant du Rajasthan. Cette combinaison improbable de terrain accidenté et de source d’eau paisible confère au site une identité géologique unique. Géologiquement, la structure se situe dans des grès datant du Néoprotérozoïque, à l’extrémité ouest de la chaîne des Vindhya. Une roche ancienne, donc, qui a préservé dans ses strates les traces d’un événement dont l’origine est longtemps restée mystérieuse. Ni volcan, ni fleuve : l’énigme géologique qui a longtemps intrigué les scientifiques. Face à une telle formation, la première hypothèse qui vient naturellement à l’esprit est celle du volcanisme. Après tout, un bassin circulaire entouré d’un rebord surélevé correspond exactement à la description d’une caldeira. Pourtant, aucun vestige d’écoulement de lave ou de roche volcanique caractéristique n’a jamais été identifié sur place. L’érosion fluviale semblait tout aussi peu convaincante : la Parvati traverse effectivement le cratère, mais ne l’a pas créé ; elle s’y est simplement infiltrée après coup, profitant d’une brèche déjà existante dans le rebord. C’est le géologue britannique Frederick Richard Mallet, affilié au Geological Survey of India, qui a effectué la première visite scientifique du site. Un peu plus tard, Rai Bahadur Kishan Singh Rawat a réalisé la première cartographie détaillée de la zone. Pourtant, pendant plusieurs décennies, l’origine exacte de cette dépression est restée une question ouverte pour les spécialistes, qui peinaient à expliquer une géométrie aussi régulière sans recourir à un phénomène volcanique ou érosif classique. La réponse est finalement venue en 1970, grâce au géophysicien A.R. Crawford, de l’Australian National University. En examinant de près la composition du sous-sol, il a identifié deux indices décisifs : une roche bréchifiée, c’est-à-dire fragmentée et resolidifiée sous l’effet d’une pression extrême, et surtout des cratères d’impact, ces structures rocheuses en forme d’éventail qui ne se forment que sous l’effet d’une onde de choc d’une violence colossale. Ce type de marque géologique constitue une véritable signature : on ne la retrouve nulle part ailleurs que sur des sites d’impact de météorite. En d’autres termes, ni le feu des profondeurs terrestres ni la patience millénaire d’un fleuve n’ont sculpté ce bassin. C’est un corps céleste, qui s’y est écrasé avec une énergie difficile à imaginer, qui a littéralement fracturé la roche et soulevé ce rebord visible à des dizaines de kilomètres. Un temple du Xe siècle érigé au cœur du chaos cosmique. C’est sans doute le détail le plus frappant de toute cette histoire : en plein centre de ce paysage ancien de dévastation, les humains ont choisi d’ériger un lieu de culte.