En 2020, les tensions entre la Grèce et la Turquie se sont intensifiées lorsqu’un navire de recherche hydrographique turc, accompagné de forces militaires, a opéré près de l’île grecque de Kastellorizo. Cette action a exacerbé les différends existants concernant l’exploration de gaz naturel dans la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre, ainsi que les désaccords territoriaux non résolus. En réponse, la Grèce a formé un partenariat stratégique avec la France, incluant un accord d’assistance mutuelle renouvelé en avril 2024. Six ans plus tard, de nouvelles tensions sont apparues entre Athènes et Ankara, bien qu’elles n’aient pas encore atteint l’intensité de la crise de 2020. Cette fois, le conflit porte sur le projet Great Sea Interconnector, une ligne de transmission électrique destinée à relier la Grèce et Chypre sur une distance de plus de 898 kilomètres, avec une possible implication d’Israël. La Turquie s’oppose à ce projet, car son tracé proposé traverse des zones sur lesquelles elle revendique une juridiction. Cette question intéresse particulièrement la France, car le fonds d’investissement français Meridiam détient 66 % des parts du projet, et la production et l’installation du câble électrique sont assurées par l’entreprise Nexans. Ces derniers mois, cependant, la France et la Turquie ont engagé une démarche prudente vers l’amélioration de leurs relations. Cela s’est illustré lorsque la France n’a pas objecté à la livraison de missiles air-air METEOR à l’armée de l’air turque, dans le cadre d’une commande de vingt avions Eurofighter Typhoon auprès de l’entreprise britannique BAE Systems. Cette décision a suscité des frictions diplomatiques avec la Grèce. Plus récemment, la France aurait entamé des discussions avec l’Italie concernant la possibilité de vendre des systèmes de défense aérienne SAMP/T NG à la Turquie. Le président Emmanuel Macron a confirmé lors du sommet de l’OTAN en juillet à Ankara que la France et la Turquie explorent des efforts militaires coopératifs. En mai 2025, l’entreprise française Safran a signé un partenariat « stratégique » avec le fabricant turc de drones Baykar, visant à stimuler l’innovation dans des domaines tels que les « armes intelligentes » et les « technologies de navigation avancées ». Un rapport du Sénat de 2025 avait auparavant recommandé de renforcer les relations franco-turques pour collaborer sur des efforts de paix. Le 2 octobre, le directeur général des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), Guillaume Ollagnier, a rencontré son homologue turc, le général İl­kay Altındag, pour un dialogue stratégique sur les grandes questions de sécurité et de défense. Ollagnier a expliqué sur la plateforme LinkedIn que cette réunion a permis aux deux pays d’échanger leurs analyses et d’identifier des domaines de convergence dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et les tensions persistantes au Moyen-Orient. Ce dialogue a conduit à la signature d’une « feuille de route » visant à renforcer la coopération en matière de défense entre la France et la Turquie. Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large des relations franco-turques, selon le DGRIS. Sur la plateforme X, Alice Ruffo, la ministre déléguée auprès du ministre des Armées, a évoqué sa rencontre avec le général Altındag et a abordé les efforts de stabilisation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la situation en Ukraine, ainsi que le travail d’une coalition de volontaires. Elle a également souligné l’importance de renforcer les liens de défense entre les deux pays.