Alessandro Scarlatti composa un oratorio intitulé La Madeleine pénitente à l’âge de vingt-cinq ans, lors de son premier séjour à Rome. L’œuvre connut un succès immédiat, avec environ dix représentations avant le début du siècle suivant. Trois manuscrits conservés témoignent de sa popularité. Le texte fut rédigé par le cardinal Benedetto Pamphili, qui devait plus tard créer le livret de Trionfo del Tempo de Handel, en reprenant le même thème et parfois les mêmes mots. L’oratorio La Madeleine pénitente de Scarlatti ne présente pas encore l’instrumentation complexe de ses œuvres ultérieures, comme la napolitaine Giuditta de 1693 ou la vénitienne Caino de 1707. Il nécessite trois castrats (deux sopranos et un contralto), deux violons, un alto et une basse continue. Malgré des moyens limités, Scarlatti déploie une écriture fluide et expressive, intégrant près de trente airs et duos (rarement en da capo) qui s’enchaînent avec les récitatifs chantants. Par exemple, le passage suivant l’apparition de la Jeunesse (scènes 4 et 5 de la première partie) unit ces éléments en une séquence unique aux rythmes changeants. En 1993, Fabio Biondi a publié le premier enregistrement de l’œuvre sous le titre Maddalena (Opus 111). L’Ensemble Céladon propose une interprétation différente de cette même partition. Les deux versions s’appuient sur le manuscrit le plus complet, celui de Modène. Biondi et Paulin Bündgen abordent l’œuvre différemment. Biondi supprime parfois la première partie des airs bipartites (AA'), compensant par l’ajout de sinfonie empruntées à Corelli, Ziani ou Scarlatti lui-même. Bündgen évite ces ajouts (sauf l’ouverture, splendidement réalisée à partir d’une sonate pour clavecin) et restitue l’intégralité des strophes, y compris celles des premier et dernier airs de la Pénitence dans la deuxième partie, ainsi que le final, très vocal, de Madeleine. Le choix des instruments pour la basse continue diffère également : Biondi utilise un théorbe et un luth, tandis que Bündgen introduit une contrebasse. Si le bien-fondé historique de ce choix peut être discuté, la contrebasse apporte un soutien plus marqué aux récitatifs et amplifie le drame, surtout lorsqu’elle est associée à l’orgue et au violoncelle, ce qui rend le cantabile plus lyrique. Les deux ensembles vocaux contrastent aussi. Dans la version de Biondi, la Pénitence est interprétée par une contralto féminine, alors que dans celle de Bündgen, elle est chantée par un contre-ténor (le chef d’orchestre lui-même). Le timbre désincarné du contre-ténor est compensé par la finesse et l’expressivité du chant, avec des ornements délicats dans l’aigu. La Jeunesse de Rossana Bertini a marqué l’ensemble italien, mais l’émission aiguë et quelque peu tendue de Lise Viricel manque de la même chaleur. En revanche, la voix pleinement développée et intensément lumineuse de Marie-Frédérique Girod en fait une Madeleine touchante, dont le parcours émotionnel est saisi avec empathie. Globalement, cette nouvelle interprétation correspond davantage aux sensibilités modernes que la précédente. Toutefois, le fait que cette musique puisse être abordée de manières si différentes témoigne de sa richesse et de son attrait intemporel.