Entre Lausanne et Nice, l’opéra Orlando de Georg Friedrich Haendel a été réinventé par la metteuse en scène Mariame Clément, qui met l’accent sur le tourment émotionnel et psychologique du personnage éponyme. Sous la direction musicale du chef Jean-Christophe Spinosi, l’orchestre s’accorde avec précision aux thèmes de l’amour et de la folie qui traversent l’œuvre. Orlando, qui explore les complexités des intrigues amoureuses, suit une intrigue où cinq personnages s’entremêlent dans un réseau d’affections et de conflits. Connu pour sa structure narrative minimaliste parmi les grandes œuvres de Haendel, cet opéra est souvent difficile à monter. La production de Clément transpose l’histoire du poème épique Orlando furioso de Ludovico Ariosto, écrit au XVIe siècle, dans le contexte de la vie moderne, soulevant ainsi des questions sur les relations contemporaines. La production s’ouvre sur un prologue parlé qui évoque les idéaux chevaleresques du passé, réinterprétés à l’aune des dynamiques de genre du XXIe siècle. Orlando y est présenté comme un adolescent moderne, dont l’apparence et le comportement reflètent l’influence d’un chevalier historique. Les autres personnages, bien que semblant plus conventionnels, cachent eux aussi des complexités. Angelica dissimule ses sentiments, Medoro ment sur son amour pour Dorinda, et Dorinda dissimule l’origine d’un cadeau. Ces relations en couches multiples illustrent l’exploration par l’opéra de l’amour et de la tromperie. La descente d’Orlando dans la folie est représentée à travers un diagnostic clinique qui éclaire ses rechutes répétées dans le mythe de Orlando furioso. Les décors de Kaspar Glarner renforcent le récit, avec un casque géant symbolisant l’isolement d’Orlando. Cet élément, semblant issu d’une époque révolue, devient le lieu où Orlando consigne ses pensées. La conception scénique, oscillant entre réalité et fantaisie, amplifie les thèmes de l’instabilité mentale propres à l’opéra. Si la profondeur métaphorique de la production est parfois atténuée par des éléments scéniques plus littéraux – comme un cabinet médical ou un aéroport doté d’une enseigne humoristique –, ces ajouts auraient pu être mieux intégrés. La distribution compte de nouveaux talents, à l’exception de Marie Lys, qui reprend le rôle d’Angelica. Son interprétation apporte une nouvelle dimension au personnage, traditionnellement joué avec plus de retenue. Les performances vocales sont solides : Emilie Rose Bry livre une interprétation captivante de « Amor e tal vento », saluée par les applaudissements. Fernando Escalona donne une profondeur émotionnelle à Medoro, tandis que Joan Martin-Royo révèle une nouvelle facette de Zoroastre. Rémy Brès Feuillet incarne Orlando avec une grande transformation, mettant en valeur la polyvalence des contre-ténors contemporains. La direction de Jean-Christophe Spinosi unit l’Ensemble Matheus et l’Orchestre philharmonique de Nice en une performance cohérente et dynamique, bousculant les interprétations traditionnelles du style de Haendel. La production de Orlando par Mariame Clément s’achève sur une fin heureuse, typique de l’opéra seria, mais la résolution reste ambiguë. Au baisser de rideau, Orlando reste captivé par son reflet dans le casque, laissant le public se demander si sa folie pourrait revenir. Avec sa profondeur émotionnelle et son innovation musicale, cette mise en scène offre un regard neuf sur un classique.