Rocío Molina a présenté son échauffement dans le cadre de Encender el cuerpo, donné au Chaillot – Théâtre national de la danse. Cette performance est une version allégée de Calentamiento, qu’elle avait auparavant présentée au Festival de Cannes en novembre 2025. Puissance, précision et force : ce sont les trois mots qui résument le mieux la technique flamenca de Rocío Molina, figure majeure de la danse flamenca contemporaine. Lors de ses 35 minutes d’échauffement, qui ouvrent Encender el cuerpo, elle offre une masterclass de zapateado, cette frappe rythmique des pieds au cœur du flamenco, qu’elle commente en direct au micro, n’hésitant pas à s’écarter du sujet pour émailler son récit d’anecdotes. Progressivement, la scène s’empare d’elle. Un duo s’engage avec une chaise légère en aluminium, bourdonnant sur O Solitude de Purcell, puis sur un prélude de Bach interprété par Glenn Gould, avec qui elle partage cette folie et ce sens de l’absolu. Rocío Molina, en liberté conditionnelle, jette à terre les costumes qui l’encombrent ou se mouche dans ce qui lui tombe sous la main. Quand José Manuel Ramos « Oruco », son compàs fidèle, apparaît – à la fois protecteur et stimulant –, l’entraînement s’intensifie et c’est l’occasion de tripler le tempo des pieds qui frappent compulsivement le sol. Tous deux entament alors un duo retenu autour d’une table en bois et de deux chaises, qui ramène avec intensité à l’essence du tablado, la scène traditionnelle du flamenco. La performance aborde aussi des thèmes que la danseuse et chorégraphe n’avait pas encore explorés, comme l’attirance physique ou le désir entre un homme et une femme. C’est dérangeant, mais un peu trop bref. Dans la version longue, Calentamiento, c’est tout un décor qui s’anime autour d’elle, dans un chaos étudié et furieux, avec quatre chanteurs enfermés dans une boîte sans miroir, symbolisant ses voix intérieures. On regrette cette démesure et cette folie, ainsi que cette forêt de chaises qui s’effondrent ou sont projetées du plafond, mais peut-être la configuration technique de la petite salle Gémier ne permettait-elle pas ce format XXL. Dans cette version réduite, ce quasi « one woman show » devient néanmoins pour la danseuse un terrain d’expérimentation et de jeu entre numéro de cabaret et introspection exigeante. Une forme d’absolu auquel elle est habituée.