Gmail et Outlook dominent le marché du courrier électronique

Gmail et Outlook sont les principaux services de messagerie en Europe, mais leur domination soulève des inquiétudes concernant le contrôle des données, la vie privée et la souveraineté nationale. Selon une étude de Validity publiée en 2025, Gmail détient 37,7 % du marché français, suivi d'Outlook avec 18,3 % et d'Orange avec 9,2 %. Plusieurs fournisseurs nationaux sont également présents sur le marché, notamment SFR, Free et La Poste.

Risques liés au recours aux services de messagerie américains

Philippe Lenoir, cofondateur du service de messagerie français Mailo, souligne les risques d'une dépendance à l'égard des plateformes américaines. Il cite le cas de Nicolas Guillou, juge français qui a perdu l'accès à des services majeurs en 2025, après avoir autorisé des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Cet exemple illustre le risque d'interruption de service et les problèmes de contrôle des données.

Cadres juridiques et transmission des données

Le Cloud Act de 2018 permet aux entreprises américaines de transmettre, sous certaines conditions, les données stockées en Europe. Lors d'une audition au Sénat en juin 2025, un responsable de Microsoft France a reconnu que des données françaises pourraient être transmises aux autorités américaines sans l'accord des autorités françaises. Des inquiétudes existent également quant à l'utilisation des données à des fins d'intelligence artificielle, Lenoir insistant sur la nécessité de protéger les informations personnelles.

Choisir un service de messagerie indépendant

Choisir un fournisseur de messagerie indépendant ne se résume pas à la localisation des serveurs. Lenoir avertit que les utilisateurs doivent prendre en compte qui possède la technologie, les dépendances du service et les lois applicables. Dante Emilio Grassi conseille de vérifier la structure de propriété, car le siège social de l'entreprise et son propriétaire peuvent se trouver dans des pays différents.

Portabilité et réversibilité des données

Les utilisateurs doivent pouvoir récupérer leurs données et les transférer librement d'une plateforme à une autre. Parmi les alternatives recommandées figurent Mailo, Infomaniak, Tuta et Proton. Orange, SFR, Free et La Poste ne sont pas considérés comme les options les plus avancées, car ils sont souvent liés à des abonnements mobiles ou cloud.

Le chiffrement et les obligations légales de Proton Mail

Proton Mail, service de messagerie suisse lancé en 2014, propose un chiffrement de bout en bout entre utilisateurs. Toutefois, il peut être tenu de communiquer des métadonnées aux autorités, comme cela s'est produit en 2021 et en 2024. Depuis 2024, une fondation suisse détient la majorité de ses actions, mais les informations environnementales relatives au service restent limitées.

La transparence environnementale d'Infomaniak

Infomaniak, autre fournisseur suisse, propose une messagerie gratuite dotée de 20 gigaoctets de stockage et utilise de l'énergie renouvelable dans ses centres de données. Il publie des données environnementales détaillées, notamment des bilans carbone et des analyses de cycle de vie. Une fondation détient la majorité des droits de vote depuis 2026, mais son chiffrement n'est pas aussi robuste que celui de Proton Mail.

L'approche open source de Tuta

Tuta, service de messagerie allemand fondé en 2011, met l'accent sur l'indépendance technologique. Son code est open source et les messages sont chiffrés de bout en bout. Les données sont stockées en Allemagne grâce à de l'énergie renouvelable. Toutefois, on dispose de moins d'informations sur son impact environnemental et sur l'expérience utilisateur.

L'indépendance française de Mailo

Mailo, entreprise française créée en 1998, propose des services de messagerie fondés sur sa propre technologie, sans recourir à des fournisseurs de cloud américains. Les données sont stockées dans un centre de données français alimenté par des énergies renouvelables. Mailo garantit ne pas utiliser les données des utilisateurs à des fins publicitaires et ne pas les vendre. Les offres gratuites deviennent sans publicité, et les abonnements payants commencent à 1,50 € par mois.

Le recours partiel d'Ecomail à une infrastructure américaine

Ecomail, lancé en 2016 en France, reverse une partie de ses revenus à des causes environnementales et fonctionne sans publicité ni revente de données. Toutefois, il utilise encore le service américain Mailchannels pour certains courriels sortants, ce qui montre qu'un hébergement en France ne garantit pas nécessairement une indépendance technologique totale.