Les électeurs suisses doivent prochainement se prononcer sur une proposition visant à renforcer la neutralité historique du pays dans un contexte géopolitique en mutation. L’initiative intitulée Sauvegarder la neutralité suisse cherche à ancrer le principe de neutralité dans la Constitution, en le définissant comme « permanent et sans exception ». Cela empêcherait la Suisse de coopérer avec l’OTAN et limiterait les alliances militaires à celles strictement nécessaires en cas d’attaque extérieure. Le texte interdit également l’imposition de sanctions, sauf si elles sont décidées par l’Organisation des Nations unies. Portée par le groupe souverainiste Pro Suisse en 2022, l’initiative a atteint le seuil requis pour être soumise au vote populaire dans le cadre de la démocratie directe suisse.
Un récent sondage de la SSR, le groupe audiovisuel public, révèle que seulement 34 % des 12 000 personnes interrogées soutiennent l’initiative, soit une baisse de 8 points par rapport à un précédent sondage. Le Conseil fédéral (le gouvernement suisse), les deux chambres du Parlement et la plupart des partis politiques rejettent cette proposition. La seule exception est l’Union démocratique du centre (UDC), un parti populiste de droite étroitement lié à l’initiative. Selon l’UDC, une neutralité forte et claire protège la Suisse des conflits étrangers et préserve son rôle de médiateur. « Cette initiative garantit la paix, la stabilité et l’indépendance à long terme de la Suisse », affirme le parti.
Les opposants à l’initiative estiment qu’inscrire une neutralité stricte dans la Constitution limiterait la capacité de la Suisse à adapter sa politique étrangère aux défis géopolitiques changeants. Le Conseil fédéral et le Parlement estiment que la neutralité, telle que pratiquée depuis 1848, s’est déjà avérée efficace. Ils soulignent que la Constitution actuelle offre suffisamment de flexibilité pour défendre les intérêts suisses dans un monde en évolution. Selon eux, l’initiative restreindrait cette marge de manœuvre.
L’historien suisse Sacha Zala souligne que de nombreuses dispositions de l’initiative sont déjà intégrées dans la pratique de la neutralité suisse. Il estime que la proposition se concentre surtout sur les sanctions contre la Russie, une interprétation partagée par des responsables russes. En juillet, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, avait critiqué le gouvernement suisse pour ne pas avoir inscrit la neutralité dans la Constitution. Elle accusait le Conseil fédéral de trahir l’engagement historique de la Suisse en matière de neutralité en ne l’appliquant pas de manière cohérente.
La Suisse est neutre depuis 1815, comme le reconnaît le Traité de Paris de cette année-là. La neutralité est ancrée dans la Constitution fédérale depuis 1848, et le pays est également signataire de la Conférence de La Haye de 1907 sur les droits et devoirs des États neutres. Cependant, la guerre en Ukraine a relancé les débats sur l’interprétation de la neutralité suisse. Bien que la Suisse n’ait pas soutenu militairement l’Ukraine, elle a rejoint les sanctions européennes contre la Russie en 2022, ce que certains considèrent comme une violation de la neutralité. L’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, figure de proue de l’initiative, estime que cette position a fait de la Suisse un « belligérant » et accru les risques de conflit.
L’historien Sacha Zala rejette l’idée que la guerre en Ukraine marque un tournant pour la neutralité suisse. Il affirme qu’une neutralité absolue n’a jamais existé en Suisse et que le gouvernement a toujours adopté une approche flexible. Par exemple, pendant la Guerre froide, la Suisse a participé de manière officieuse aux sanctions contre l’Union soviétique. Il note également que le véritable tournant dans la neutralité suisse remonte aux années 1990, lorsque le pays a repris pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale des sanctions de l’ONU contre l’Irak.
Ignazio Cassis, ministre suisse des Affaires étrangères, défend l’usage des sanctions par le gouvernement, affirmant qu’elles étaient la meilleure option en 2022 pour garantir la sécurité nationale. Il soutient que la neutralité doit être interprétée de manière flexible pour protéger les intérêts suisses et maintenir le rôle de médiateur du pays. Cependant, ses détracteurs soulignent que cette approche crée des incohérences. Marcelo Kohen, professeur de droit international, relève que la Suisse n’a pas imposé de sanctions à Israël malgré l’occupation de territoires, ce qui viole le droit international.
En plus des sanctions, l’UDC et les partisans de l’initiative Pro Suisse critiquent la coopération croissante de la Suisse avec l’Union européenne et l’OTAN. Le pays a élaboré une nouvelle stratégie de sécurité en réponse à la guerre en Ukraine et aux « menaces hybrides ». Il promeut la sécurité européenne par une coopération plus étroite avec l’UE, l’OTAN et des partenaires bilatéraux. Cassis argue que cette collaboration est nécessaire pour la défense suisse, déclarant : « La neutralité suisse est armée. Si nous voulons nous défendre, nous devons nous préparer, et nous ne pouvons pas le faire seuls. »
Malgré ces évolutions, le gouvernement suisse insiste sur le fait que les fondements de la neutralité restent intacts. À l’Organisation des Nations unies, le président du Conseil fédéral, Guy Parmelin, a réaffirmé la neutralité de la Suisse. En mars dernier, le pays a rejeté deux demandes américaines de survol de son territoire par des avions militaires, invoquant le conflit en cours entre les États-Unis et l’Iran.
Référendum suisse sur la neutralité dans un contexte de tensions géopolitiques
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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Sources d'origine :
- 🇫🇷BFMTV


