La maladie fongique menace les frênes en France

Une maladie fongique connue sous le nom de chalarose, causée par le champignon Chalara fraxinea, se propage dans le nord-est de la France et tue des milliers de frênes. Incurable, cette maladie complique le quotidien des agriculteurs et des collectivités locales, qui doivent empêcher la chute des arbres.

Un expert étudie les effets de la maladie

À Châtillon-sur-Seine, en Côte-d’Or, Damien Dondaine, technicien de l’établissement public de gestion et d’aménagement de l’eau Sequana, analyse depuis une dizaine d’années les effets de cette maladie fongique. En observant la cime de ces arbres habituellement robustes, on repère facilement certaines branches dénudées.

Les symptômes de la maladie sont visibles sur les arbres

Pour les jeunes arbres, seules trois ou quatre branches nues sont visibles, tandis que pour les arbres plus gravement atteints, presque tout le feuillage a disparu. D’autres sont à moitié pourris et sectionnés, morts. Damien Dondaine ramasse une grosse branche tombée au sol. « Elle ne pèse presque rien, elle est complètement sèche », montre-t-il.

La maladie se propage par le vent et les spores

La maladie a été identifiée pour la première fois en France en 2008, en Haute-Saône. Cinq ans plus tard, tout le département de l’Aube était touché. Cette maladie invasive originaire d’Asie est provoquée par le champignon Chalara fraxinea et se propage par le vent.

Les spores voyagent loin et infectent les arbres

Le épidémiologiste Benoît Marçais explique que « ses spores peuvent parcourir 60 km par an ». Le champignon s’installe et germe dans les feuilles des arbres, puis progresse dans les branches. Les experts observent un flétrissement des feuilles, une nécrose des branches, puis la mort de la branche, voire de l’arbre.

Les frênes sont essentiels à l’écosystème

La situation est préoccupante : en Côte-d’Or, les frênes procurent de l’ombre au bétail, bordent et stabilisent les berges des rivières, peuplent les forêts et jalonnent les petits sentiers de randonnée ou les places des villages. Damien Dondaine observe la base de deux arbres, cette zone de transition entre le tronc et le système racinaire.

Les dégâts sur les racines entraînent la chute des arbres

D’un côté, un aulne de cinquante ans présente un bel entrelacs de racines, immergées dans une eau fraîche et ombragée. De l’autre, la base du frêne voisin ne porte qu’une petite touffe de racines sèches et courtes. Les radicelles, ces petites extensions qui ancrent l’arbre au sol et absorbent les nutriments essentiels, ont disparu.

Les frênes perdent leur rôle écologique

Desséché et privé de racines, le frêne ne tient plus debout et pourrait tomber au prochain coup de vent. Sous le dense chevelu racinaire de l’aulne, poissons et écrevisses se cachent. Les racines du frêne ne touchent même pas l’eau. « Les radicelles ont également un rôle d’autoépuration », explique le technicien.

La disparition des arbres accroît le risque d’inondation

Le long de la berge, « la végétation a aussi un rôle paysager, un habitat pour les oiseaux, et produit même des baies et du bois de chauffage ». Dans la région, les frênes forment de longs rubans le long des bords de routes et de la Seine, de la Laignes ou de l’Ource. « Là où il n’y a plus que des frênes, ce sera lunaire », poursuit Damien Dondaine.

La baisse des financements pèse sur la gestion des berges

Depuis deux ans, l’Epage ne prend plus en charge l’entretien de la végétation des berges. « Jusqu’aux années 2000, tous les travaux d’entretien des cours d’eau étaient financés à 80 % par les agences de l’eau. » Jusqu’en 2024, le financement était encore assuré à hauteur de 40 %.

Les initiatives locales face à la crise

Le douzième programme de l’agence de l’eau a supprimé cette aide, si bien que désormais, ce sont les propriétaires ou les collectivités locales qui doivent sortir leur argent. La facture peut être salée, surtout lorsqu’un agriculteur possède plusieurs kilomètres de cours d’eau et des dizaines d’arbres.

Les communes font face à des défis de gestion

Il en va de même pour les communes, souvent vastes et peu peuplées, aux budgets limités. Sur le bassin versant où intervient l’Epage Sequana, « il y a 162 communes, pour 28 000 habitants ! » À une trentaine de kilomètres de Châtillon-sur-Seine, la commune des Riceys fait preuve d’initiative.

Une action communale qui porte ses fruits

Traversée par la Laignes, elle a demandé le recensement des arbres morts ou tombés dans la rivière et a averti chaque propriétaire. En 2022, le constat était sans équivoque : sur la commune, 150 frênes étaient au sol et de nombreux autres étaient morts.

Des projets de restauration visant la résilience

À Vix (Côte-d’Or), l’Epage Sequana finalise la restauration d’une résurgence de la Seine, où les berges ont été remaniées. Les arbres malades ont été abattus et la diversification des espèces a été privilégiée. Les techniciens ont même déployé de longs rubans pour empêcher les cormorans de grignoter les truites pendant leur saison de reproduction.

La maladie gagne du terrain au-delà de la France

Le nord, le Marais poitevin et la Grande-Bretagne sont également touchés. Comme la plupart des champignons, Chalara fraxinea affectionne les zones humides, où il se développe, et les zones venteuses, où il se propage. C’est pourquoi le nord de la France et la Grande-Bretagne sont aussi concernés.

Les coûts économiques et écologiques sont élevés

Dans certaines zones des Hauts-de-France, où les frênes représentent 40 % des essences, la maladie progresse rapidement. En 2017, l’ONF a pris l’initiative de fermer cinq forêts domaniales touchées (Boulogne, Desvres, Hardelot, Vimy et Nieppe).

La restauration est longue et coûteuse

Il a fallu près d’un an pour sécuriser l’accès avant de pouvoir les rouvrir. Le projet de restauration durera vingt ans, pour un budget de 20 millions d’euros. La maladie touche aussi le frêne, une essence emblématique du Marais poitevin, où près de 400 000 arbres risquent de disparaître.

Les efforts de lutte contre la maladie se poursuivent

Des campagnes de plantation sont organisées pour faire face à la dégradation inévitable du parc naturel. La lutte contre la chalarose est également très coûteuse. En Grande-Bretagne, le champignon coûterait plus de 550 millions de livres sterling (plus de 650 millions d’euros) chaque année.

L’espoir réside dans la résilience et la biodiversité

Heureusement, quelques frênes résistent à la maladie. Mais il faudra plusieurs décennies avant qu’ils ne prennent le relais. « Tout l’enjeu est donc de les accompagner », affirme Benoît Marçais. Il faudra aussi réduire la densité des frênes malades pour ralentir l’infection au sein des peuplements et, bien sûr, promouvoir la biodiversité.