Le règlement européen sur le méthane suscite le débat

Un règlement européen connu sous le nom d'EUMER, adopté en juin 2024, vise à réduire les émissions de méthane liées à la production et à l'importation d'hydrocarbures tels que le pétrole, le gaz naturel et le charbon. Le règlement introduit de nouvelles exigences en matière de suivi, de déclaration et de contrôle des émissions de méthane dans ces secteurs. Il recueille le soutien des défenseurs de l'environnement, tandis que les groupes industriels, préoccupés par la sécurité énergétique et les répercussions économiques, s'y opposent.

Calendrier de mise en œuvre de l'EUMER

Le règlement prévoit un calendrier de mise en œuvre échelonné. À partir du 1er janvier 2027, les importateurs devront démontrer la traçabilité complète des hydrocarbures entrant sur le marché européen. D'ici août 2028, les producteurs et les importateurs seront tenus de déclarer l'intensité méthanique de leurs produits. Enfin, d'ici août 2030, seuls les hydrocarbures respectant les limites d'émissions fixées par la Commission européenne seront autorisés dans l'UE.

Report demandé, mais jugé insuffisant

Face aux inquiétudes exprimées par les États membres et les acteurs industriels, la Commission européenne a accepté, fin septembre, de reporter la mise en œuvre d'un an. Toutefois, les secteurs concernés jugent ce report trop court, affirmant qu'il ne laisse pas assez de temps pour satisfaire aux exigences du règlement.

Une étude met en lumière les difficultés de conformité

Une étude réalisée par Wood Mackenzie, à la demande de l'Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz (IOGP), suggère que les exigences de traçabilité de 2027 pourraient être extrêmement difficiles à respecter pour de nombreux fournisseurs mondiaux. L'analyse estime que jusqu'à 43 % du gaz naturel et 87 % du pétrole brut importés dans l'UE pourraient ne pas être conformes lors de leur mise en œuvre. Même des fournisseurs clés comme la Norvège pourraient rencontrer des difficultés.

Impacts potentiels sur l'approvisionnement et les prix

L'étude avertit que l'écart entre les réglementations européennes et le degré de préparation du marché mondial pourrait entraîner une baisse significative des approvisionnements en hydrocarbures disponibles en Europe. Cela pourrait faire grimper le prix du pétrole brut importé d'environ 11 %, soit 9 dollars le baril, ce qui entraînerait probablement une hausse des prix des carburants. Selon les simulations, les prix de l'essence pourraient augmenter jusqu'à 24 %, et ceux du gazole de 16 %.

Préoccupations liées aux coûts énergétiques et à la compétitivité

Les gouvernements européens s'inquiètent des conséquences de ces hausses de prix potentielles, d'autant que l'inflation énergétique a déjà réduit le pouvoir d'achat des consommateurs depuis la guerre en Ukraine. Les industries grosses consommatrices d'énergie pourraient également faire face à une hausse de leurs coûts de production, ce qui menacerait leur compétitivité mondiale.

La France et d'autres pays demandent davantage de temps

La France a rejoint les appels à un report, après un premier soutien de douze États membres de l'UE. Le président Emmanuel Macron a formellement demandé un report d'un an en septembre. D'autres pays favorables à un report supplémentaire invoquent des difficultés techniques, l'absence de normes mondiales et l'incertitude pesant sur les chaînes d'approvisionnement.

Les États-Unis et les groupes industriels expriment leurs inquiétudes

Les autorités américaines et les groupes industriels ont également fait part de leurs préoccupations, estimant que le règlement pourrait compliquer les exportations de pétrole, de gaz naturel liquéfié et de produits pétroliers vers l'Europe. Des organisations telles que IOGP Europe et Eurogas ont demandé un report de trois ans, invoquant des échéances irréalistes, des capacités de vérification insuffisantes et un risque de réduction des sources d'approvisionnement.

Concilier objectifs environnementaux et stabilité économique

Les représentants de l'industrie affirment qu'un report supplémentaire permettrait de mettre au point des systèmes de certification fiables et de normaliser les méthodes de calcul des émissions de méthane, afin d'éviter des perturbations majeures. À l'approche de l'échéance de 2027, l'UE fait face à un défi complexe : réduire les émissions de méthane pour lutter contre le changement climatique, tout en garantissant la sécurité énergétique et la compétitivité économique. La prochaine réunion du Conseil européen, en octobre, pourrait déterminer l'avenir de la politique énergétique et le coût de la vie pour les consommateurs.