La Grand'Place de Lille, place publique majeure aujourd’hui, possède une histoire riche et complexe qui est explorée à travers le projet de recherche INSULA. Cette initiative vise à reconstruire numériquement à quoi ressemblait et ce à quoi ressemblait la place le 12 juin 1448, en s’appuyant sur des archives historiques pour créer une expérience multisensorielle. Bien qu’il ne reste presque aucune trace physique de la période médiévale aujourd’hui, le projet utilise la modélisation numérique pour tester des théories historiques et les partager avec le public, jouant ainsi un double rôle d’outil de recherche et d’éducation. La première mention connue de la place du marché, qui correspond à une partie de l’actuelle Grand'Place et de la Place du Théâtre à Lille, remonte à 1127. Cependant, le caractère de la place a profondément changé en 1651 avec la construction d’un bâtiment d’échange commercial qui a divisé l’espace en deux. Cette place était non seulement un centre de commerce, mais aussi d’activités politiques et sociales, accueillant des événements comme des tournois, des fêtes et des processions religieuses. Aujourd’hui, très peu de la place médiévale subsiste. Un observateur attentif pourrait remarquer quelques centaines de pavés en granit encastrés dans le sol de la Grand'Place. Ces vestiges ont été découverts lors d’une fouille archéologique en 1989 et constituent les seuls témoignages visibles de l’ère médiévale sur les places actuelles. Lancé en 2023, le projet INSULA se concentre sur la création d’une reconstruction numérique de la place telle qu’elle était le 12 juin 1448. Cette reconstruction intègre des éléments visuels et sonores, offrant un aperçu de ce qu’aurait pu être une journée ordinaire dans l’histoire de la ville. Le projet s’appuie sur des archives, et tous les choix effectués dans la reconstruction sont justifiés par des sources historiques ou des comparaisons pertinentes. Recréer l’ambiance sonore de la place médiévale représente un défi particulier, car le son laisse rarement des traces physiques. Cependant, des documents historiques comme les registres de délibérations, les comptes de la ville et les règlements de police fournissent des indices sur les sons qui animaient la place. Parmi ceux-ci figurent le carillon des cloches des édifices religieux, les crieurs publics annonçant les nouvelles, le bruit des ateliers, le bétail les jours de marché et les échos des déplacements sur le pavage en granit. Le projet INSULA utilise ces indices pour élaborer une carte sonore détaillée de la place. Par ailleurs, il cherche à rendre cette histoire reconstruite accessible au public grâce à des outils numériques et des expériences immersives, contribuant ainsi à réduire l’écart entre la recherche académique et la compréhension du grand public.