Des fouilles à Mesmont révèlent une colonie médiévale dotée d'équipements de luxe, remettant en cause l'image d'un haut Moyen Âge chaotique. Le site présente infrastructures avancées et importance religieuse.
Un site antique découvert en Bourgogne
Des recherches archéologiques menées sur la montagne Saint-Laurent, à Mesmont (Côte-d'Or), ont mis au jour une petite agglomération perchée datant de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen Âge. Le site est occupé depuis le Néolithique et a été plus intensément utilisé à l'âge du bronze et à l'âge du fer, avec une réoccupation à la fin du second âge du fer avant d'être abandonné à l'époque romaine, bien qu'un éventuel sanctuaire suggère une utilisation continue.Lancement d'un nouveau programme de recherche
Un programme de recherche de trois ans a débuté en 2026 afin d'étudier l'organisation spatiale du site entre le Ve et le VIIIe siècle, une période jusqu'alors peu étudiée malgré la forte densité de population du site. Des prospections géophysiques et des relevés Lidar ont révélé une occupation structurée sur un plateau entourant un éperon central, comprenant de grands bâtiments en maçonnerie, dont l'un, daté des VIe et VIIe siècles, couvre près de 240 m².Église médiévale et cimetière
Plus à l'est, le cimetière paroissial actuel de Mesmont se trouve à l'emplacement d'une église médiévale connue par les sources écrites, mais dont le plan reste incertain. Le plan basilical du mur d'enceinte du cimetière laisse supposer un édifice religieux plus vaste. Des découvertes funéraires, notamment des tombes et des couvercles de sarcophages médiévaux, ont été faites dans le secteur.Découverte d'une grande église en maçonnerie
Une grande église en maçonnerie, découverte dans les années 1970 et fouillée entre 2019 et 2024, est un bâtiment majeur de l'ensemble. Bien que sa fonction reste incertaine en l'absence de sépultures, la découverte d'un dispositif de clôture de chœur et des bases d'un banc liturgique indique qu'il s'agissait d'une grande église, longue de 27,5 m et large de 12,4 m au niveau de la nef. Une pièce au sud servait probablement d'annexe au presbytère.Autres bâtiments identifiés
À l'ouest de l'église, les fouilles menées en 2026 ont révélé un autre bâtiment en maçonnerie, long de 15 m et large de 12 m, dans le prolongement de la structure de l'église. La largeur des murs et la qualité du mortier laissent supposer l'existence d'un plancher. Au sud, des sondages ont permis d'identifier un autre grand bâtiment en maçonnerie, s'étendant sur plus de vingt mètres de longueur, dont la largeur reste à déterminer.Indices d'une occupation de haut rang
Ces bâtiments forment un ensemble bâti orthonormé remarquable, sur plusieurs centaines de mètres carrés. La découverte de pilettes, de fragments de tubulures et de suspensurae, vestiges de planchers en béton suspendus, indique un système de chauffage par le sol, caractéristique des sites habités par des personnes de haut rang. La présence d'artisans spécialisés suggère que le site était occupé par des personnes en mesure de s'offrir un tel confort.Chronologie et matériaux
L'ensemble a été construit au Ve siècle et occupé jusqu'au début du VIIIe siècle, sans réorganisation profonde. Cette datation repose sur l'étude des céramiques, dont un petit lot de céramiques sigillées de l'Argonne, ainsi que sur une série d'analyses radiocarbone. Un fragment de céramique sigillée de l'Argonne découvert en 2026 présente un décor à la roue caractéristique de la seconde moitié du Ve siècle, avec des motifs chrétiens.Abondance d'objets en verre
La culture matérielle comprend plus de 500 fragments de verre recueillis depuis 2019, dont du verre plat utilisé pour les vitraux et des éléments de lampes ou de vaisselle, témoins de modes de consommation propres aux milieux privilégiés du haut Moyen Âge.Importance historique de Mesmont
Le site est bien documenté dans les textes du haut Moyen Âge, où il est désigné comme la capitale du pagus magnimontensis, dont dérive le nom de Mesmontois. Il est décrit comme un castrum ou un oppidum, ce qui suggère un site fortifié ou élevé aux caractéristiques urbaines. Mesmont est fréquemment mentionné dans la littérature hagiographique, qui retrace la vie des premiers saints de Bourgogne.Figures historiques notables
L'évêque Grégoire de Langres désigne son petit-fils Eustache, prêtre à Mesmont, à la tête de la communauté monastique qu'il a fondée autour du culte de saint Bénigne à Dijon. Saint Sigo, fondateur de Saint-Seine-l'Abbaye, était également originaire de Mesmont. Saint Baudry et saint Antide sont eux aussi associés au site, dont les reliques y ont probablement été conservées jusqu'au IXe siècle.Déclin et abandon
Le transfert des reliques témoigne du déclin de Mesmont et des processus ayant conduit à l'abandon de la montagne Saint-Laurent, probablement au profit du village actuel de Sombernon. Ces sources textuelles concordent avec les découvertes archéologiques et soulignent le rôle de Mesmont dans la structuration du peuplement et des réseaux de pouvoir en Bourgogne.Médiation et recherche
Le site offre aux bénévoles et aux étudiants en archéologie l'occasion de se familiariser avec les techniques de fouille. Le programme de recherche implique des échanges avec des collègues issus de différentes institutions, nourrissant une réflexion collective. Les découvertes faites à Mesmont apportent un éclairage nouveau sur les structures sociales et économiques du haut Moyen Âge, au-delà du récit traditionnel des invasions barbares ou des rois fainéants.Contexte archéologique régional
Le site fait partie du territoire archéologique de la vallée de l'Ouche, près de Dijon, aux côtés d'autres projets de recherche, tels que l'agglomération antique secondaire de Mâlain et le village médiéval de Fleurey-sur-Ouche. La diffusion de ces découvertes, par des visites publiques, des conférences et d'autres restitutions, constitue un volet essentiel du programme.