Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a mis en avant la question du logement pour les « familles françaises en difficulté » lors de son retour politique en septembre 2025, promettant de prioriser l’accès au logement social pour les citoyens français. Elle a affirmé que seuls 11 % des Français bénéficient du logement social, alors que 70 % y seraient éligibles, suggérant que cet avantage serait accordé à une « immigration incessante et anarchique ». Pourtant, un rapport de 2025 de l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols) révèle que 71 % des ménages en France sont éligibles au logement social en fonction de leurs revenus, avec des seuils variant selon les dispositifs : le PLAI (plafond de ressources entre 13 000 et 15 000 euros pour une personne seule), le PLUS (entre 23 500 et 27 000 euros) et le PLS (entre 30 500 et 35 000 euros). Le rapport précise également que 85 % du parc social est soumis aux plafonds du PLUS, et que seulement 54 % des ménages y sont éligibles. Le chiffre de 11 % avancé par Marine Le Pen provient d’un tableau de l’INSEE datant de 2019-2020, indiquant que 11 % des personnes sans ascendance migratoire ou ultramarine sont locataires en logement social ou bénéficient du 1 % logement. Ce chiffre n’inclut pas les immigrés naturalisés. Selon l’INSEE, en 2025, 33 % des 8 millions d’immigrés en France étaient devenus Français, et en 2024, 15,1 % des ménages français occupaient un logement social, et non 11 %. En croisant les données de l’INSEE avec celles de l’Institut national d’études démographiques (Ined), on estime qu’environ 2 millions d’immigrés et près de 6 millions de Français sans ascendance migratoire directe occupaient un logement social en 2022 et 2023 respectivement. Cela signifie qu’il y a environ trois fois plus de Français sans ascendance migratoire directe vivant en logement social que d’immigrés. D’après l’INSEE, 82,5 % des locataires de logements sociaux avaient en 2024 une personne de référence de nationalité française, contre 11,3 % de nationalité étrangère. Ces chiffres contredisent fortement l’idée d’une occupation massive du parc social par les immigrés. La surreprésentation des immigrés dans le logement social s’explique principalement par leurs revenus plus faibles que la moyenne des ménages sans ascendance migratoire directe. Patrick Simon, chercheur à l’Ined, explique que le parc social accueille avant tout des ménages ne pouvant accéder à la propriété privée ou au marché locatif privé en raison de revenus modestes et d’un patrimoine réduit. Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre, souligne que les immigrés et leurs descendants ont des revenus plus bas et sont plus jeunes, ce qui explique leur surreprésentation dans la demande de logement social. Selon les données de l’Union sociale pour l’habitat (USH), le taux d’attribution des logements sociaux est de 13 % pour les ménages hors Europe, contre 14 % pour les ménages français, ce qui ne montre aucune préférence pour les immigrés. La loi exige que les demandeurs de logement social soient Français ou détiennent un titre de séjour pour les ressortissants non européens, excluant les personnes en situation irrégulière. Le processus d’attribution repose sur une commission composée de représentants du bailleur, de la collectivité locale où se situe le logement et de l’État. Cette commission examine trois dossiers pour chaque logement disponible. L’État peut proposer des candidats répondant aux critères de priorité, comme les ménages en situation de mal-logement. Les immigrés et les étrangers subissent des discriminations importantes sur le marché locatif privé, comme le montrent plusieurs études. Une enquête de l’INSEE en 2019 révélait qu’un candidat au nom à consonance maghrébine avait 26,7 % de chances en moins d’obtenir un logement privé qu’un candidat au nom à consonance française. Le Défenseur des droits a compilé en 2026 des tests montrant des écarts encore plus marqués chez les jeunes, avec un risque inférieur de 37 à 40 % d’accéder à un logement privé. Selon Patrick Simon, la surreprésentation des immigrés dans le logement social ne crée pas de tensions sur le marché, mais c’est plutôt l’inverse. La crise d’accès au logement social est attribuée au désengagement de l’État et des collectivités locales, selon la Confédération nationale du logement (CNL), qui dénonce la baisse de la production de logements sociaux et le manque de contribution de l’État au Fonds national d’aide au logement. Le nombre de logements sociaux financés est passé de 130 000 en 2016 à 85 000 en 2024.