Le feu reste au cœur du combat terrestre, mais les drones ont remodelé la dynamique du champ de bataille, et Fantassins n°57 explore les défis évolutifs de la guerre moderne.
Le feu reste au centre du combat moderne
Le dossier du numéro 57 de Fantassins (automne-hiver 2026), ouvert par le chef de bataillon Eddy Le Sert, souligne que le feu demeure le moyen décisif dans le combat terrestre, la guerre en Ukraine mettant en évidence le rôle perturbateur des drones. La destruction ou la neutralisation de l'ennemi par le feu reste le but du combat terrestre, mais l'arrivée des drones a modifié la dynamique du champ de bataille.L'impact des drones sur les pertes au combat
Selon le commandant du 7e corps d'armée aéroportée, les drones sont responsables de 70 à 80 % des pertes au contact sur le champ de bataille ukrainien. Cette double nature des drones, indirecte par la portée et directe par l'immédiateté et la précision, en fait un facteur clé du combat moderne.Concilier contrôle et réactivité
Le dossier expose le dilemme du contrôle : trop de contrôle peut briser la réactivité, tandis que trop peu peut exposer les forces aux tirs fratricides. La solution proposée comprend une coordination décentralisée dans la troisième dimension (C3D), des objectifs préalablement approuvés et la responsabilité des jeunes chefs.Introduire la technologie « robot d'abord »
Le programme Pendragon vise à introduire une technologie « robot d'abord », selon laquelle les machines entrent en premier sur le champ de bataille et portent le feu, tandis que les humains restent au-dessus de la boucle. Cette approche cherche à réduire les risques pour le personnel tout en maintenant l'efficacité au combat.Le retour du feu massif dans les conflits de haute intensité
Le colonel Arnaud Martin et le lieutenant-colonel Emmanuel Gendry, du département des études et de la prospective de l'artillerie, évoquent le retour du feu massif dans les conflits de haute intensité, l'artillerie restant « le dieu de la guerre ». Le rapport coût-efficacité des obus traditionnels par rapport aux munitions téléopérées est mis en avant.L'évolution de la nature de la guerre moderne
La profondeur du conflit a changé : il n'existe plus d'arrière sanctuarisé, les dépôts, les postes de commandement et les infrastructures devenant des cibles. La saturation des menaces, notamment par les drones et les leurres, caractérise également la guerre moderne.Le rôle changeant de l'infanterie
Le chef de bataillon Loïc Zubrzycki note que la létalité de l'infanterie ne repose plus principalement sur les armes qu'elle transporte, mais sur sa capacité à intégrer tous les moyens de destruction disponibles. La boucle capteur-effecteur est réduite à quelques dizaines de secondes, et « le temps devient une munition ».Le retour de l'appui par mortiers
Le lieutenant-colonel Luc Andrea fait le point sur le retour des sections d'appui mortier de 120 mm de l'infanterie, engagé en 2024 et qui doit être achevé en 2028. Le lieutenant-colonel Philippe Bonnouvrier présente le cadre missiles-roquettes à l'horizon 2030, organisé en quatre segments, avec des efforts visant à densifier, diversifier et intégrer les nouvelles technologies.Les défis des stratégies de lutte antidrone
Le lieutenant-colonel Renaud Durbecq décrit la « très basse couche » comme une zone de mort, soulignant la complexité des stratégies de lutte antidrone. Le lieutenant Simon Duhoux livre un retour d'expérience sur la section drones de contact du 7e bataillon de chasseurs alpins, qui réduit le délai entre la détection et la frappe à quelques minutes.L'importance de l'instruction au tir de combat
Le dossier aborde également l'importance du geste du tireur, les lieutenants-colonels Thomas Allegret et Christophe Van den Bogaerde retraçant vingt ans d'Instruction au tir de combat (ISTC), devenue une pédagogie du combat.Entraînement opérationnel et efficacité
Le lieutenant-colonel Gautier Costrel de Corainville présente l'entraînement opérationnel au tir de combat (ESTOC), qui permet aux chefs de choisir les axes, les positions et le rythme face à des cibles inconnues. Le lieutenant-colonel Marc Guivarc'h dresse un bilan de l'efficacité du tir direct, en relevant des axes d'amélioration tels que l'acquisition des cibles et la discipline de tir.S'adapter aux milieux particuliers
Le sergent-chef Michaël Simal met en évidence la convergence de l'infanterie et de la cavalerie vers la conduite du tir des armes du bord. Les milieux particuliers, tels que les opérations de nuit et les conditions de montagne et de grand froid, sont également abordés, en insistant sur le besoin en optronique et sur les exigences spécifiques du tir.Calibres alternatifs et maîtrise du système
Le chef de bataillon Guillaume de Massia passe en revue les calibres alternatifs et conclut que le 5,56 du HK416F reste pertinent au combat rapproché, et que la maîtrise d'un système importe davantage que le choix d'un calibre.Technologie et rôle du jugement
Le dossier conclut que si la technologie accroît la létalité, elle ne remplace ni le jugement ni le commandement. La survivabilité devient une fonction tactique à part entière, la dispersion, le camouflage et la discipline électromagnétique y jouant un rôle clé.Relier information, décision et action
Comme le résume le chef de bataillon Le Sert, une force capable de combiner ses feux avec sa manœuvre et de confier la responsabilité au bon échelon « impose l'initiative et détruit l'adversaire ». L'infanterie reste celle qui relie information, décision et action au contact de l'ennemi.