La France débat de l'extension de la taxe sur les boissons sucrées aux produits alimentaires préemballés, face à la forte opposition des lobbies de l'industrie alimentaire.
Le débat sur la taxe sur les sodas s'élargit en France
Une proposition visant à étendre la « taxe soda » aux produits sucrés préemballés suscite un vif débat en France. Les lobbys de l'industrie agroalimentaire s'y opposent, tandis que certains la défendent comme une intervention de santé publique nécessaire. La mesure, examinée à partir de mardi à l'Assemblée nationale, s'appliquerait à des produits tels que les viennoiseries, les desserts, les glaces, les biscuits, les gâteaux industriels, les céréales, les bonbons et les produits à base de chocolat.Les groupes industriels s'opposent à la taxe
L'Association nationale des industries alimentaires (Ania) a dénoncé cette taxe, qu'elle qualifie de « désastre inévitable » susceptible de « toucher directement le pouvoir d'achat des Français » et de « arrêt de mort » pour certaines entreprises agroalimentaires. Un membre du collectif Inside Track, qui regroupe des dirigeants de grands groupes industriels, a qualifié cette position de « totalement prévisible ». Il a souligné les marges faibles et le manque chronique d'investissements dans l'agro-industrie française, fragilisée par la sécheresse.Les inquiétudes de l'industrie sur la reformulation
Le membre d'Inside Track a également fait remarquer que les fabricants ont tendance à ajouter du sucre et des exhausteurs de goût pour remplacer d'autres ingrédients, en particulier dans les produits les moins chers. Des députés de la commission des affaires sociales ont proposé d'étendre la taxe au-delà des produits sucrés, à des plats salés contenant du sucre. Un autre membre d'Inside Track a souligné que cette contrainte pourrait être source d'innovation, saluant les critères de la taxe concernant les additifs et les édulcorants.Le soutien de certaines entreprises agroalimentaires
Certains acteurs, dont des entreprises agroalimentaires biologiques, ont publiquement soutenu la taxe. Synabio demande toutefois un meilleur ciblage, notamment sur les sucres ajoutés, afin de ne pas pénaliser les petites entreprises. Des députés ont proposé en commission de ne pas taxer ces petites entreprises ni les artisans.Une économiste analyse la dynamique du secteur
Céline Bonnet, économiste à l'Inrae, a relevé que les petits acteurs sont souvent ceux qui font des efforts, tandis que les grands industriels « ne bougent pas sans obligations financières fortes », par crainte de perdre des parts de marché. Elle a cité les accords sectoriels sur des trajectoires communes de réduction du sucre, du sel ou des graisses, promus par la ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Annie Genevard (LR), qui préfère ces accords aux taxes, tout comme la droite au Parlement.Tensions politiques et économiques
Sandrine Runel (PS) a indiqué avoir reçu de nombreux messages et subi des pressions de certaines entreprises. Céline Bonnet a noté que l'opposition de l'industrie est disproportionnée au regard de l'impact de la taxe, qui rapporterait actuellement 300 millions d'euros et serait « répercutée » sur les consommateurs, « comme l'a été la taxe soda », à raison de quelques centimes par sachet de bonbons, paquet de biscuits ou pot de crème dessert. Ce débat intervient dans un contexte de négociations tendues avec la grande distribution et de pouvoir d'achat contraint.