Évolution de l'élevage en Bretagne

Une analyse rétrospective de la Chambre d'agriculture de Bretagne montre comment la recherche, l'accompagnement et les efforts collectifs ont façonné l'élevage en Bretagne au cours des trente dernières années, avec un accent sur la santé et le bien-être animal dans l'élevage porcin. Ces changements ont été portés par l'évolution des attentes de la société, par de nouvelles réglementations et par des crises sanitaires, ce qui a conduit à une filière plus durable et plus respectueuse des animaux.

Acteurs clés de la transformation agricole

L'étude identifie trois grands groupes d'acteurs impliqués dans la diffusion des innovations en agriculture. Les instituts techniques, l'INRAE et les chambres d'agriculture produisent les connaissances et soutiennent la diffusion de nouvelles pratiques. Les pouvoirs publics et les organisations de la filière façonnent la réglementation et orientent les investissements. Enfin, les agriculteurs et les opérateurs de la filière mettent ces innovations en œuvre sur le terrain.

Améliorations du logement et du bien-être animal

L'un des changements les plus visibles concerne le logement des animaux. Depuis les années 2000, le recours à la mise en groupe des truies gestantes est passé de 10 % des exploitations en 2003 à 100 % en une décennie. Des projets expérimentaux menés dans les années 1980 ont contribué à mettre au point de meilleurs équipements et de meilleures pratiques. L'enrichissement des cases et des outils comme BEEP, un système d'évaluation du bien-être animal, sont devenus la norme. La filière a également renoncé à des pratiques douloureuses, comme la coupe de la queue et la castration, ce qui a amélioré à la fois le bien-être des animaux et les conditions de travail dans les exploitations.

Réduction de l'usage des antibiotiques et amélioration de la biosécurité

La mise en œuvre de stratégies de prévention sanitaire plus efficaces a entraîné une baisse de 67 % de l'usage des antibiotiques entre 2011 et 2022. Les éleveurs recourent désormais à des mesures de biosécurité, à la vaccination et à des outils de suivi pour protéger leurs troupeaux. Ces efforts ont renforcé la capacité de la filière à faire face à des menaces comme la peste porcine africaine, et ont permis le développement de filières « sans antibiotiques », qui représentaient 15 % de la production en 2020.

Investissements et montée en compétences

La transition vers des pratiques d'élevage améliorées a exigé des investissements importants : la mise en conformité avec les nouvelles normes de logement des truies gestantes a coûté près de 300 millions d'euros en Bretagne. Au-delà des évolutions économiques, le développement d'une expertise technique dans des domaines comme la biosécurité et la gestion sanitaire a rendu le métier plus attractif et amélioré les conditions de travail des éleveurs et des salariés.

Difficultés dans l'adoption de nouvelles pratiques

Si certaines innovations, comme la mise en groupe des truies, ont été rapidement adoptées, d'autres, telles que l'arrêt de la coupe de la queue ou le passage à la gestion libre des mises bas, ont demandé davantage de temps et d'accompagnement. L'étude souligne qu'un changement durable et réussi repose sur une base de référence solide, un appui technique et un cadre réglementaire cohérent. Ce processus suppose une collaboration de long terme entre chercheurs, décideurs publics et acteurs de la filière.

Évaluation de l'impact de la recherche et du développement

L'étude a utilisé une méthode développée par l'INRAE et adaptée par les instituts techniques et le ministère de l'Agriculture pour évaluer l'impact sociétal de la recherche selon cinq dimensions : l'économie, la santé, la politique, l'environnement et la société. Cette approche a combiné l'analyse scientifique à des entretiens approfondis avec des agriculteurs, des conseillers et des responsables de la filière, afin d'apprécier l'efficacité des innovations et d'identifier les besoins de recherche futurs.