Chaque lundi soir, le restaurant Chez Ernest, situé dans le 19e arrondissement de Paris, se transforme en studio vocal pour la Queerale, le premier chœur queer et trans de la capitale. La cheffe de chœur, Ju, marque la mesure depuis la scène, traçant des lignes verticales dans les airs tandis que le chœur de voix graves s’élève. Les choristes assis devant elle s’éclaircissent la gorge, attendant leur tour. Une jeune fille arrivée en retard prend place, accueillie par les sourires de deux « collègues » qui lui tendent la partition et lui demandent discrètement si elle a révisé sa partie. La cheffe de chœur se tourne vers l’autre côté de la salle et lance aux sopranos, d’une voix calme mais ferme, les yeux mi-clos : « C’est à vous », tandis que les voix chaudes et rassurantes sont éclipsées par un ensemble plus aigu. Certaines voix semblent hésitantes, peut-être à cause de la chaleur, d’une distraction, ou parce que leur timbre est en train de changer sous l’effet des hormones prises dans le cadre de leur transition. La Queerale cherche à déconstruire les performances vocales traditionnelles, remettant en question les stéréotypes et clichés souvent associés au chant. Le chœur offre un espace où les personnes queer et trans peuvent s’exprimer à travers la musique, favorisant ainsi la création de liens et l’épanouissement personnel. Les membres décrivent souvent cette expérience comme à la fois libératrice et transformative, leur permettant d’explorer leur voix dans un environnement bienveillant. À travers ses prestations, la Queerale souhaite mettre en lumière la diversité des expériences queer et trans, utilisant la musique comme outil de visibilité et d’inclusion. Les efforts du chœur s’inscrivent dans un mouvement plus large au sein des arts, visant à embrasser l’authenticité et la représentation, et offrant une tribune à des voix historiquement marginalisées.