Une énigme de 24 lignes, contenue dans une lettre envoyée par Eugène de Beauharnais, gendre de Napoléon, au maréchal Auguste de Marmont en mars 1809, vient d’être déchiffrée par le modèle d’intelligence artificielle GPT-6 Astra, développé par OpenAI. Cette lettre, restée indéchiffrable pendant 217 ans, avait été publiée dans une revue de l’armée française en 1969, puis numérisée par Persée, une bibliothèque numérique. Le chiffre utilisé dans ce document comportait 155 caractères distincts parmi un total de 1 300 symboles, reposant sur un code homophonique où les lettres courantes étaient représentées par plusieurs symboles interchangeables. Cette méthode rendait le message bien plus difficile à décrypter sans connaître la clé de chiffrement. Carter Church, ingénieur en intelligence artificielle chez SentinelOne, a utilisé GPT-6 Astra pour traiter un scan de basse résolution de la lettre. L’IA a analysé l’image ligne par ligne, transcrit 1 300 unités et réduit les symboles à 155 caractères distincts. Elle a ensuite identifié une table partielle établie par l’historien de la cryptologie Daniel Tant, qui documentait 33 symboles utilisés dans d’autres échanges entre Eugène et Marmont. Grâce à ces données, l’IA a employé la méthode de recuit simulé, une technique de résolution de problèmes, et s’est nourrie de textes en français d’auteurs comme Victor Hugo et Alexandre Dumas, ainsi que des mémoires de Marmont, pour décoder les symboles restants. La lettre déchiffrée informe Marmont des positions des armées françaises et alliées sur le continent. Elle mentionne notamment le déploiement de 40 000 Bavarois sous les ordres de LeFebvre, de 80 000 soldats français avec Davout à Bayreuth, et de 60 000 hommes placés sous Masséna. Elle situe également les Autrichiens à plusieurs endroits deux semaines avant leur offensive du 10 avril. Le texte contient aussi une contre-vérité d’État concernant les Russes marchant contre l’Autriche, une affirmation erronée puisque l’armée du Tsar n’avait pas encore franchi la frontière de la Galicie. On y apprend également que Poniatowski commandait 30 000 Polonais, alors que les sources indiquent que les effectifs étaient en réalité moins importants. La lettre ordonne à Marmont de « braver quelques troupes ou une réunion de coquins », une paraphrase d’une expression d’Eugène. Un mot fantôme subsiste, car l’édition de 1865 de la lettre interrompt la phrase de Napoléon après « une poignée de », suivie de points de suspension. Cinq signes restent incertains, selon Carter Church. Michael Rowe, historien au King’s College de Londres, souligne que si cette lettre reprend un ordre impérial déjà connu, sa valeur réside dans la méthode de déchiffrement employée. Celle-ci a permis de restituer un contenu attendu et renforce la crédibilité des chiffres dont le contenu est encore inconnu. Le message déchiffré a été classé parmi les codes résolus par Satoshi Tomokiyo, qui gère la base de données Cryptiana. Les chercheurs se montrent enthousiastes quant à la rapidité et à la fiabilité de cette technologie, certains la comparant à une « pierre de Rosette » pour le déchiffrement des messages codés historiques. L’objectif désormais est d’appliquer cette méthode à la traduction de nombreuses correspondances secrètes issues d’échanges diplomatiques et militaires, ainsi qu’à des communications privées, ce qui pourrait révéler de nouvelles perspectives sur des événements et des figures historiques.