L'éolienne allemande Growian, née dans les années 1980, était en avance sur son temps mais a échoué faute de limites matérielles, façonnant les normes actuelles de l'éolien.
L'immense projet éolien allemand
Au début des années 1980, l'Allemagne construit la plus grande éolienne du monde à l'époque, connue sous le nom de Growian, mise en service en 1983 à Kaiser-Wilhelm-Koog, un polder du Schleswig-Holstein. La turbine avait une puissance de 3 mégawatts et un diamètre de rotor de 100,4 mètres.Un nom signifiant « grande installation d'énergie éolienne »
Growian, contraction de l'allemand « Große Windenergieanlage », signifie simplement « grande installation d'énergie éolienne ». La construction débute en 1976 à Kaiser-Wilhelm-Koog, un polder du Schleswig-Holstein littéralement gagné sur les vagues de la mer du Nord.Un site choisi pour ses conditions venteuses
Le choix du site n'a rien d'anodin : les vents y soufflent avec une régularité et une puissance idéales pour tester une technologie encore naissante. Il faudra toutefois sept longues années avant que le rotor ne tourne réellement, tant les difficultés techniques s'accumulent.Un investissement colossal dans l'énergie éolienne
Le projet, né d'une collaboration entre plusieurs partenaires industriels allemands, mobilise des moyens financiers considérables, de l'ordre de 55 millions de dollars, une somme colossale investie dans ce qui deviendra la vitrine technologique de l'éolien allemand.Des espoirs secrets d'échec chez certains partenaires
Pourtant, derrière cette ambition commune, certains acteurs du consortium espéraient secrètement, selon plusieurs témoignages, l'échec du projet, craignant qu'un succès ne bouleverse des équilibres industriels bien établis.Une courte vie opérationnelle due à des problèmes mécaniques
Le rêve allait toutefois être bref, au sens propre comme au figuré. En cinq années d'existence, Growian n'aura fonctionné qu'environ 420 heures, un chiffre dérisoire pour une machine destinée à produire de l'électricité en continu.Des fissures mécaniques ont condamné la turbine
Les pales, soumises à d'immenses contraintes mécaniques, présentèrent finalement des fissures inquiétantes au niveau du moyeu, cet élément central qui relie le rotor au reste de la structure et concentre l'essentiel des forces de torsion générées par le vent. Ces défaillances mécaniques scellèrent le sort de la machine.Mise hors service et démolition en 1988
Growian est officiellement mise hors service en 1987, certaines sources mentionnant un arrêt effectif dès 1987-1988. En 1988, seulement cinq ans après son inauguration triomphale, la structure est démolie.Un revers pour l'énergie éolienne allemande
Un échec industriel qui, selon certaines analyses relayées jusque sur Wikipédia, aurait retardé de près de vingt-cinq ans les progrès de l'énergie éolienne en Allemagne, ralentissant les ambitions de ce que les Allemands appelleraient plus tard l'Energiewende, leur grande transition énergétique nationale.Un prototype prématuré mais viable
L'ironie d'une démolition qui annonçait l'avenir. Voici le détail qui change la perspective sur cette histoire : la puissance de Growian, ces fameux 3 mégawatts qui paraissaient excessifs en 1983, correspond aujourd'hui à la puissance standard de nombreuses éoliennes terrestres installées partout en Europe, y compris en France.Un héritage conservé dans un musée
Aujourd'hui, il ne reste que très peu de traces physiques de ce géant déchu. Une extrémité de pale, soigneusement conservée, est exposée au Technik Museum de Sinsheim, en Allemagne, comme relique archéologique d'une ambition technologique trop prématurée.Une leçon d'innovation et de timing
L'histoire de Growian résume une leçon que l'innovation technologique enseigne régulièrement : avoir raison trop tôt peut parfois coûter aussi cher que avoir tort. Les immenses éoliennes qui parsèment aujourd'hui nos côtes et nos campagnes doivent indirectement leur existence à cette machine démantelée dans une indifférence générale il y a près de quarante ans.Des questions restées sans réponse sur les anciens prototypes
Une question mérite d'être méditée : combien d'autres prototypes, jugés trop ambitieux ou trop coûteux à leur époque, dorment actuellement dans les archives de l'industrie, attendant que la technologie et les mentalités finissent par les rattraper ?