Le coût des obsèques augmente fortement en France

Le coût des obsèques augmente fortement en France : une inhumation coûte désormais au moins 4 000 euros, et les prix continuent de grimper. Contrairement à la naissance d'un enfant, prise en charge par la collectivité, la mort relève de la responsabilité de chacun, ou de ses proches.

La mort et les inégalités sociales

Ce passage essentiel de la vie n'échappe pas à la logique capitaliste, qui renforce encore les inégalités sociales. Le Collectif pour une Sécurité sociale de la mort plaide pour l'extension de la Sécurité sociale à cette étape universelle. Les frais d'obsèques (inhumation, crémation, soins de conservation, etc.) assurés par des entreprises conventionnées seraient intégralement remboursés grâce à une cotisation sur les salaires, explique Alban Beaudouin, cofondateur du collectif et coauteur, avec Jean-Loup de Saint-Phalle, du livre Le Coût de la mort (Éditions du Détour, 2025).

La hausse des prix des obsèques

Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2019, les prix des obsèques ont augmenté trois fois plus vite que l'inflation. Cette hausse remonte à l'ouverture du secteur à la concurrence avec la loi Sueur de 1993.

L'impact de la loi Sueur

Auparavant, les communes orientaient les familles vers l'opérateur funéraire local ou disposaient de leur propre service funéraire, sous la forme d'une régie municipale. Le marché était largement dominé par les Pompes funèbres générales (PFG), ce qui a conduit les opérateurs indépendants à se mobiliser fortement pour mettre fin à ce monopole.

Le choix et la vulnérabilité

Depuis, les familles peuvent choisir entre les deux grands groupes qui dominent le marché, PFG et Funecap, les indépendants, les régies municipales et les coopératives. Le problème est que ce choix intervient à un moment de vulnérabilité : les proches ne savent pas toujours distinguer les prestations obligatoires des prestations facultatives, et finissent par payer plus cher que prévu.

L'exploitation du deuil

Par exemple, le coussin (petit traversin placé dans le cercueil) n'est pas obligatoire. Certaines entreprises entretiennent cette confusion, voire jouent sur la culpabilité des familles en associant le prix à la dignité des funérailles. Cette marchandisation de la mort pèse d'autant plus lourd sur les plus modestes.

L'aide existante

La Sécurité sociale propose déjà une aide, le capital décès. Elle rembourse jusqu'à 4 009 euros de frais d'obsèques pour un salarié du secteur privé ou un chômeur, mais presque personne n'en connaît l'existence.

Les inégalités face à la mort

Vous expliquez dans votre livre que les plus pauvres sont pénalisés jusque dans la manière dont ils meurent et sont enterrés. Comment les inégalités sociales s'étendent-elles jusqu'à la mort ? D'abord, les personnes pauvres meurent plus tôt que les autres. Elles sont aussi plus exposées au risque de devoir financer plusieurs obsèques au cours de leur vie.

La pression sociale autour des funérailles

Les funérailles sont un moment de forte pression sociale : les cérémonies se ressemblent et répondent à des normes bourgeoises (un cercueil de qualité, un maître de cérémonie, une réception après l'enterrement), dont il est difficile de s'écarter. Les plus pauvres sont confrontés à un dilemme : dépenser beaucoup, ou subir la violence d'une cérémonie au rabais.

L'assurance et les coûts

Cette pression pousse les classes populaires à souscrire des contrats d'assurance pour éviter de laisser ce fardeau et de peser sur leurs proches. Pourtant, ces contrats coûtent souvent plus cher que les frais réels des obsèques : selon l'âge du décès, on peut avoir payé davantage que le capital versé.

La solution proposée

Face à ce capitalisme funéraire, il faut étendre le système de Sécurité sociale à la mort. Concrètement, en quoi consisterait-il ? Les obsèques seraient entièrement prises en charge par la Sécurité sociale, grâce à une cotisation de 0,3 % du salaire brut.

Le remboursement des prestations

L'idée n'est pas de verser un forfait de 4 000 euros pour chaque décès, mais de rembourser les prestations funéraires quel que soit leur coût, afin que chacun puisse choisir selon ses préférences et que la diversité puisse s'exprimer. Par exemple, faute de crématorium en Guyane, il faut se rendre en Guadeloupe pour être incinéré.

Le congé de deuil

« Une Sécurité sociale de la mort permettrait un véritable congé de deuil. » De même, la liste des prestations couvertes serait définie démocratiquement au sein de collèges funéraires composés de citoyens tirés au sort. Ils choisiraient donc de rembourser les prestations jugées utiles ou essentielles, comme le cercueil, la crémation, l'inhumation, le compostage, les soins de conservation...

L'accompagnement du deuil

Une Sécurité sociale de la mort permettrait aussi un véritable congé de deuil, dont la durée serait adaptée aux besoins de chacun, avec un maintien de salaire à 100 %, quel que soit le lien avec le défunt. Aujourd'hui, les congés sont très courts et dépendent du lien de parenté : par exemple, les amis n'ont droit à aucun jour.

Le soutien psychologique

Pour accompagner le deuil, les séances avec un psychologue conventionné seraient entièrement prises en charge.

Protéger les travailleurs funéraires

La Sécurité sociale de la mort ne s'adresse pas uniquement aux familles endeuillées. Le projet passe aussi par les entreprises conventionnées... Oui, c'est absolument essentiel. Les familles ne pourraient bénéficier des prestations remboursées que par l'intermédiaire d'entreprises conventionnées, qui associent leurs salariés aux décisions et qui ne fonctionnent pas selon une logique de profit.

De meilleures conditions de travail

C'est le même principe que pour les médecins conventionnés. Ces agents funéraires seraient rémunérés par la Sécurité sociale, sur la base d'un salaire fixe et non en fonction du nombre d'inhumations réalisées, comme c'est le cas aujourd'hui. Les protéger améliorerait leurs conditions de travail, qui sont difficiles.

Les défis du secteur

Beaucoup de porteurs de cercueils sont en CDD, parfois sans formation suffisante, et sont confrontés à des situations physiquement et moralement épuisantes. Il en résulte de nombreux accidents du travail, des risques d'épuisement professionnel et une précarité croissante. Ces métiers mal payés et insuffisamment reconnus sont pourtant essentiels.

Les origines du collectif

Comment l'idée de ce collectif et de faire de la mort un enjeu de solidarité est-elle née ? Avec Jean-Loup de Saint-Phalle, nous avons perdu nos grands-pères en 2020. Nous nous sommes alors demandé pourquoi la mort, contrairement à la naissance, n'était pas prise en charge collectivement.

L'inspiration et la recherche

Tous deux enseignants en lycée à l'origine, nous n'avions aucun lien avec le monde funéraire. Nous nous sommes intéressés aux travaux de l'économiste Bernard Friot, qui propose d'étendre le modèle de la Sécurité sociale à d'autres domaines de l'économie. À mesure que nos recherches avançaient, nous avons découvert d'autres formes de solidarité autour de la mort.

Des exemples à travers le monde

À Genève, les funérailles sont prises en charge par la collectivité depuis près de 150 ans, à la suite d'un référendum. Au Sénégal et dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, le village met en commun ses ressources pour organiser les funérailles.

Avancées et soutien politique

Depuis la création de votre collectif en 2022, les choses ont-elles avancé ? Votre idée a-t-elle été reprise par des partis politiques ? C'est surtout du côté de La France insoumise que notre proposition a trouvé un écho. L'année dernière, le député insoumis Hadrien Clouet a déposé une proposition de loi qui reprenait largement nos idées.

Les défis à venir

Le texte est resté bloqué en commission des affaires sociales, sans avoir été discuté, alors qu'il pourrait rassembler au-delà des clivages politiques. Cette proposition devrait également figurer dans le programme de Jean-Luc Mélenchon pour l'élection présidentielle.

La sensibilisation du public

Parallèlement, la société avance. La parution en 2025 de l'enquête Les Vautours [de Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse, publiée aux éditions du Seuil], sur les géants français de l'industrie funéraire, a mis en lumière les dérives du secteur.

L'engagement public

De notre côté, nous avons donné 48 conférences pour présenter ce projet dans des associations, des librairies ou des collectivités locales. Nous commençons à parler de la mort comme d'un véritable enjeu politique et social, et non plus seulement comme l'occasion d'aller au cimetière à la Toussaint.

La publication du livre

Le Coût de la mort — La Sécurité sociale jusqu'au bout, par Alban Beaudouin et Jean-Loup de Saint-Phalle, publié chez Robert Laffont, mars 2025, 144 pages, 14,90 euros.