Eux ne sont plus dans nos vies, et pourtant ils sont partout. Comment expliquer que les absents — les morts, les ex — continuent de nous hanter ? Et comment vivre avec cette absence omniprésente ? L’essayiste Valentin Husson explore cette question douloureuse dans un texte exclusif.
Nous nous réveillons le matin en pensant à un amour passé, à une amitié brisée, nous pleurons nos morts avec toutes les larmes de notre corps, nous allons fleurir leurs tombes dans ces lieux immenses et hantés que sont les cimetières, nous sursautons devant des films d’horreur, nous sentons dans notre chair chacun des membres fantômes qui nous ont été amputés : les êtres aimés, les amis, les parents. Les fantômes nous précèdent : ils sont notre mémoire, notre inconscient. Les esprits qui pèsent sur nous, nous continuons à les invoquer sans le vouloir, pour mieux les bannir. Ils n’ont d’ailleurs nul besoin d’être appelés ; ils sont là, partout, à chaque instant, d’autant plus présents qu’ils sont absents.
Nous les entendons faiblement. Si nous ne les voyons pas, ou pas toujours, si nous croyons les voir sans en être sûrs, il reste que nous les reconnaissons. Une seule personne manque… et ils repeuplent tout. C’est parce qu’ils continuent de s’imposer, même quand nous croyons les avoir exorcisés, qu’on les appelle les revenants. Le revenant est la manière dont le fantôme nous pèse, invisiblement. Ce sont nos démons, nos daimons, qui nous parlent et nous enseignent. Ce sont des poltergeists, ces esprits frappeurs qui résonnent tout autour de nous. Il n’y a rien de paranormal. Le fantôme est ce qu’il y a de plus normal dans une vie. On n’est jamais hanté par un seul fantôme. Il y en a nécessairement plusieurs.
Dans chaque recoin de notre maison, dans les penderies remplies des derniers vêtements oubliés de l’être aimé, dans les albums photo, dans les petits mots que nous avons gardés, dans les cadeaux que nous n’avons pas su jeter, dans ces villes où nous avons vécu à deux ; et parfois, de manière encore plus tragique, dans la voix, le regard, les mains de celui ou celle qui partage désormais notre vie, et en qui nous entendons encore, voyons et sentons le timbre, le regard, la chaleur et la douceur de leur peau. Cet attachement qui s’applique aux morts vaut aussi pour les absents. N’avez-vous jamais confondu un passant avec quelqu’un d’autre ? Vous marchez, vous vous égarez dans les rues, et soudain, quelqu’un surgit devant vous : c’est lui, c’est elle, vous en êtes certain, vous l’avez reconnu ; cela fait si longtemps ; vous vous approchez, et de loin comme de près, vous réalisez que ce n’est pas eux. Dans leurs yeux, leurs cheveux, leur nuque, pourtant, vous les aviez vus. Vous étiez hanté, voilà tout. Vous ne voyiez plus que les traits d’un visage qui continue de tourner dans votre cœur. Dans L’Amour fou (1937), André Breton l’exprime d’une manière à la fois sublime et tragique : « Parmi tous ces visages de femmes, un visage : le dernier visage aimé. »
La présence obsédante de l'absence dans la vie quotidienne
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
absenceghostsmemorylosshauntingreturnees



