La desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus), un mammifère semi-aquatique rare que l’on ne trouve que dans les Pyrénées et le nord-ouest de la péninsule Ibérique, est actuellement traquée grâce à l’ADN environnemental (ADNe) prélevé dans des échantillons d’eau des torrents de Vicdessos, en Ariège (France). Cette technique gagne en importance à mesure que les observations directes de l’espèce se font plus rares. Le desman, qui appartient à la famille des taupes, a vu son aire de répartition diminuer de plus de moitié au cours des trente dernières années, selon l’Office français de la biodiversité. L’espèce est actuellement classée comme vulnérable sur la liste rouge de l’UICN des espèces menacées, qui recense les espèces risquant de disparaître. Le déclin de l’habitat du desman est lié à plusieurs facteurs d’origine humaine, notamment la modification artificielle des berges, la construction de barrages hydroélectriques et la propagation de la pollution. Les méthodes traditionnelles de détection de l’espèce – comme l’utilisation de radeaux à empreintes, de tunnels à excréments ou du radio-pistage – ont été employées, mais elles sont longues et dépendent du hasard de croiser l’animal. En revanche, l’analyse de l’ADNe s’est révélée plus efficace et moins intrusive pour confirmer la présence de l’espèce. La détection d’ADNe dans les échantillons d’eau fournit la preuve que le desman des Pyrénées est présent dans une zone donnée et peut servir d’indicateur de la santé écologique des torrents de montagne. La présence de matériel génétique de l’espèce dans l’eau suggère que le cours d’eau maintient une qualité écologique suffisante pour soutenir cette espèce sensible. À l’inverse, l’absence de traces génétiques dans des zones autrefois propices au desman signale la dégradation continue de ces milieux aquatiques d’altitude. Le programme LIFE+ Desman, doté de plus de 2,6 millions d’euros, s’inscrit dans le cadre d’un effort européen plus large visant à protéger l’espèce sur onze sites Natura 2000 des Pyrénées. Cette initiative rassemble un réseau de partenaires, dont le Conservatoire d’espaces naturels Midi-Pyrénées, le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes, l’Association des naturalistes ariégeois et le Parc national des Pyrénées. Le programme a pour objectif d’améliorer les chances de survie à long terme du desman des Pyrénées et d’orienter les efforts de conservation en identifiant les zones où les interventions auront le plus d’impact. L’utilisation de l’analyse d’ADNe permet aux chercheurs de couvrir de vastes sections de bassins hydrographiques sans perturber l’animal ni son habitat. Ces résultats mettent également en lumière la fragilité des écosystèmes de torrents de montagne, soulignant l’importance de préserver ces milieux, non seulement pour le desman des Pyrénées, mais aussi pour de nombreuses autres espèces qui en dépendent.