Natacha Polony, ancienne professeure et essayiste, critique depuis longtemps le système éducatif français, qu’elle juge construit sur des années de tromperie institutionnalisée. Elle affirme que les élèves reçoivent des notes et des diplômes qui n’ont plus de valeur et sont orientés vers des filières offrant peu de débouchés professionnels. Polony voit les tensions croissantes chez les lycéens et les récentes perturbations comme les symptômes d’une souffrance psychologique plus profonde, causée par un système qui privilégie l’illusion au détriment de la vérité. Elle souligne que 50 % des filières professionnelles au lycée se trouvent dans des secteurs tertiaires affichant moins de 30 % de taux d’insertion professionnelle, et plaide pour la fermeture de ces formations afin d’aligner l’éducation sur les réalités du marché du travail. Elle relie cette crise éducative à des défis sociétaux et économiques plus larges, parmi lesquels le chômage des jeunes, la crise du logement et la dévalorisation des diplômes face aux progrès de l’intelligence artificielle. Polony décrit une « tragique crise des vocations » au sein de la profession enseignante, rejetant l’idée que l’absentéisme des professeurs soit le principal problème. Elle estime au contraire que les enseignants sont négligés, tant sur le plan financier que moral, et que la revalorisation de leur métier est indispensable pour attirer et retenir les talents. Elle fustige les modèles pédagogiques ancrés dans les instituts de formation des maîtres, affirmant que des slogans dépassés ont éloigné les éducateurs des réalités de la classe. Pour illustrer le manque de responsabilité des adultes dans l’éducation, elle cite l’exemple d’un adolescent de 15 ans qui a agressé une femme avec un aérosol et un briquet, déclarant avoir été « pris par l’adrénaline ». Polony plaide pour des réformes structurelles et de long terme plutôt que pour des changements superficiels, notant que le système éducatif a subi trop de réformes en peu de temps, avec huit ministres différents en deux quinquennats. Elle propose l’adoption d’une loi de programmation sur dix ans et un rééquilibrage des financements en faveur du primaire, où elle situe les fondations de l’éducation. Elle suggère également une augmentation des salaires des enseignants de 20 à 30 % et une réorganisation de leur charge de travail pour prendre en compte l’ensemble de leurs missions éducatives. Elle préconise la création de centres éducatifs fermés pour les élèves présentant des troubles graves du comportement, estimant que ces jeunes doivent être retirés de leur environnement pour éviter qu’ils ne s’enfoncent davantage. Polony insiste sur le fait que les auteurs de comportements destructeurs doivent être sanctionnés selon le principe « casseur-payeur », c’est-à-dire que ceux qui causent des dommages doivent en assumer le coût. Toutefois, elle place la responsabilité première sur les adultes en position d’autorité. Elle affirme que restaurer l’espoir des jeunes passe par une reprise économique et une vision claire pour l’avenir du pays. Son message est urgent : il appelle à repenser le rôle de l’éducation dans la construction des destins individuels et nationaux.