La France envisage de relever le plafond du Livret A à 30 000 euros pour financer le logement social, suscitant un débat sur ses effets pour les épargnants et la politique budgétaire.
Proposition de relèvement du plafond du Livret A
Eric Coquerel, député du parti LFI, propose de relever le montant maximal autorisé sur le Livret A, un compte d'épargne très répandu en France, de 22 950 euros à 30 000 euros. L'amendement, approuvé par la commission des finances de l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, vise à collecter 5 milliards d'euros afin de financer des prêts destinés à la rénovation du parc de logements sociaux.Historique des hausses du Livret A
Le plafond du Livret A n'a été relevé qu'une seule fois auparavant, sous la présidence de François Hollande. En 2012, il est passé de 15 300 euros à 19 125 euros, puis à 22 950 euros en 2013. Un rapport du Cercle de l'Épargne publié en 2026 relève que cette évolution avait entraîné une forte hausse des placements, les ménages ayant transféré leur argent depuis des comptes soumis à l'impôt vers le Livret A, exonéré d'impôt.Débat sur les bénéficiaires
La proposition a suscité un débat sur les personnes qui en tireraient le plus profit. Louise Girard, analyste de marché chez XTB France, souligne que les ménages modestes n'en bénéficieraient pas directement, tandis que les personnes les plus aisées pourraient porter leur épargne non imposable à 60 000 euros. Mathieu Silva Santos, de Goodvest, s'interroge sur le fait de savoir si cette mesure profiterait de manière disproportionnée aux plus riches et si elle constitue une politique efficace pour les épargnants.Inquiétudes concernant les conséquences fiscales
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, avait précédemment soutenu le relèvement du plafond. Olivier Gavalda, président de la Fédération bancaire française, met en garde contre le fait que l'augmentation de la limite pourrait permettre aux intérêts d'échapper à l'impôt. Le Cercle de l'Épargne estime que cela pourrait entraîner une « perte fiscale », plus importante si les fonds proviennent de placements imposables plutôt que de comptes courants.Inflation et rendements réels
Le contexte économique actuel, marqué par l'inflation, suscite des interrogations sur la pertinence de la proposition. Mathieu Silva Santos fait valoir qu'une épargne trop importante sur le Livret A pourrait ne dégager qu'un rendement réel nul, voire négatif, au regard de l'inflation. Au taux actuel de 1,7 %, un Livret A pleinement alimenté rapporte environ 390 euros d'intérêts par an, contre environ 510 euros pour un compte de 30 000 euros.Incertitudes sur les règles fiscales
L'amendement ne précise pas si les intérêts générés au-delà du nouveau plafond seraient exonérés d'impôt. En 2026, la Cour des comptes a proposé de soumettre ces intérêts à un taux forfaitaire de 31,4 %. Toutefois, l'amendement doit encore être approuvé par l'Assemblée nationale et le Sénat avant de pouvoir être intégré au budget définitif pour 2027.