En septembre 2024, le troisième corps d’armée ukrainien a déployé de petits robots terrestres derrière les lignes ennemies dans le cadre de l’Opération Vivaldi, près de Lyman, dans la région du Donbass occupée par la Russie. Cette initiative a marqué une étape importante dans l’utilisation de la robotique dans la guerre moderne. Depuis 2025, les forces ukrainiennes et russes dépendent de plus en plus des robots terrestres, en partie en raison de l’essor des drones FPV—des drones permettant aux pilotes à distance de visualiser en direct ce que voit le drone. Ces drones peuvent transporter des robots kamikazes, conçus pour frapper des cibles et capables d’atteindre des zones situées à plus de 10 km derrière les lignes ennemies. Dans le cadre de l’Opération Vivaldi, le 3ᵉ corps ukrainien a utilisé de petits robots terrestres pour cibler les positions russes. Le corps a qualifié cette initiative de « première mondiale » en matière de robotique sur le champ de bataille. Selon Stéphane Audrand, expert en gestion des risques internationaux, les Ukrainiens avaient auparavant testé l’utilisation de plus grands drones Vampire pour larguer des drones FPV plus petits, ce qui permet aux robots terrestres d’économiser leur batterie et d’opérer plus en profondeur dans le territoire ennemi. Ces robots peuvent être utilisés pour la reconnaissance, le déminage de précision, voire la mise en place d’embuscades avec des mini-mines. Bruno Cruchant, directeur des affaires publiques chez Shark Robotics, a souligné que drones et robots travaillent de plus en plus en tandem sur le front ukrainien. Les drones peuvent servir de relais radio ou guider des robots qui pourraient perdre de vue leurs cibles. En juillet 2025, le ministère ukrainien de la Défense a annoncé avoir commandé plus de 22 000 véhicules terrestres sans pilote (UGV) depuis le début de l’année, soit le double du nombre commandé l’année précédente. En juin 2025 seulement, les forces ukrainiennes ont utilisé plus de 16 600 systèmes robotisés pour des tâches logistiques et d’évacuation, une augmentation significative par rapport aux mois précédents. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est fixé pour objectif de déployer au moins 50 000 robots terrestres d’ici 2026. Plus de 200 entreprises ukrainiennes produisent désormais des plates-formes robotisées, et le programme Brave1 a testé des centaines de prototypes. En 2026, 67 nouveaux modèles robotisés ont été certifiés pour un usage au combat. Cependant, Stéphane Audrand note que, malgré l’augmentation de leur utilisation, le taux de perte reste élevé. Le défi pour l’Ukraine est de confier aux robots les tâches logistiques et de soutien les plus dangereuses, réduisant ainsi les risques pour les soldats humains. L’un des derniers modèles robotisés déployés sur le front est le Varkhan, développé par l’entreprise ukrainienne Air3F. Il peut transporter des fournitures, livrer des médicaments et se déplacer à 20 km/h avec une autonomie de 72 heures et une charge maximale de 300 kg. Du côté russe, le robot Kurier a été fréquemment observé sur le champ de bataille, comme le souligne le site militaire Militarnyi. Bien qu’il soit principalement utilisé pour la logistique, le Kurier peut également être armé de mitrailleuses ou de lance-grenades. Cruchant explique que l’essor de l’utilisation des robots est étroitement lié à l’augmentation du déploiement des drones FPV. Chaque mission effectuée par un robot permet d’épargner un soldat ukrainien, même si le robot reste contrôlé par un opérateur humain situé à des dizaines de kilomètres derrière le front. La recherche d’une plus grande autonomie pour ces robots s’intensifie, avec l’objectif de permettre à un seul humain de contrôler un essaim de robots. Cruchant a évoqué des partenariats avec l’entreprise ukrainienne de robotique Tencore, qui a déployé des milliers de robots sur le front, dans l’objectif d’innover pour l’Ukraine et d’autres pays. En France, le programme Pendragon, mené par l’Amiad (Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense), développe des algorithmes pour améliorer l’autonomie des robots. Audrand estime que les rôles de ces robots pourraient évoluer vers des missions de plus en plus offensives. L’ancien ministre ukrainien de la Défense, Mikhaïlo Fedorov, a annoncé en septembre 2025 un projet d’armée de robots à Lviv, visant à financer le développement d’un robot humanoïde opérationnel fabriqué en Ukraine d’ici 2027. Au début de l’année 2026, deux robots humanoïdes Phantom MK-1 de la startup américaine Foundation ont été envoyés en Ukraine pour des tests sur le terrain, marquant une première étape vers l’éloignement des humains du champ de bataille, bien que l’infanterie reste indispensable pour l’instant.