Selon les chiffres publiés le 24 septembre, 32,3 % de la population argentine vivait sous le seuil de pauvreté au premier semestre 2026, un chiffre qui continue d’augmenter. Cette statistique est au cœur des débats entre les partisans et les détracteurs du président Javier Milei : certains y voient le signe du succès de ses réformes économiques, tandis que d’autres l’interprètent comme la preuve de leurs échecs. Selon l’Indec, l’institut national de statistiques argentin, le taux de pauvreté s’élevait à 41,7 % au 10 décembre 2023. Après six mois de politiques menées par Milei, il avait grimpé à 52,9 %, atteignant son niveau le plus élevé depuis 2004. Il est ensuite redescendu à 38,1 % au second semestre 2024, puis à 28,2 % au second semestre 2025, avant de repartir à la hausse au début de l’année 2026. David Copello, professeur de science politique et spécialiste de l’Argentine, explique que les politiques économiques de Milei ont inclus une dévaluation de la monnaie argentine, entraînant une forte hausse de l’inflation. Cependant, une politique d’austérité ultérieure a permis de réduire l’inflation et de faire temporairement baisser le taux de pauvreté. Copello souligne que l’inflation et la pauvreté sont étroitement liées, en particulier à court terme. Il s’interroge également sur la fiabilité des mesures de pauvreté de l’Indec, qui utilise deux « paniers » pour établir ses calculs. Le panier de base total inclut à la fois les biens et services alimentaires et non alimentaires, tandis que le taux de pauvreté extrême ne se base que sur le panier alimentaire. Ces critères, fixés en 2004, ne tiennent pas compte des évolutions récentes des modes de consommation, comme l’importance croissante des forfaits téléphoniques et internet, de l’électricité ou encore de l’immobilier. L’Union industrielle argentine (UIA) a indiqué que le secteur industriel du pays se situe 10 % en dessous de son niveau de 2022, avec des baisses allant jusqu’à 25 ou 30 % dans certains secteurs. Depuis août 2023, l’industrie a perdu 90 000 emplois salariés, et les syndicats estiment que 30 000 petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que 300 000 emplois ont disparu depuis l’élection de Milei. Le taux de chômage est passé de 5,7 % en 2024 à 7,5 % cette année. Copello note que si la croissance économique a été portée par des secteurs productifs de richesse comme l’exploitation minière et l’agriculture, elle n’a pas généré d’emplois, creusant ainsi les inégalités. Il met aussi en garde contre la dépendance de l’économie aux apports de devises étrangères, qui pourraient devenir instables et déclencher une crise si la confiance des investisseurs venait à s’effriter. Malgré une baisse de l’inflation, les politiques de Milei restent critiquées pour leur impact sur l’emploi et les niveaux de pauvreté. Le président table sur une croissance du produit intérieur brut de 4,1 % en 2027, mais l’UIA et d’autres indicateurs économiques prévoient un scénario plus pessimiste. La situation économique actuelle se caractérise par une pauvreté en hausse, un chômage en augmentation et une forte dépendance à des facteurs externes. L’avenir immédiat s’annonce incertain, avec le risque d’une récession qui plane à l’horizon.