Souveraineté numérique et dépendance aux logiciels

La souveraineté numérique, notion centrée sur le maintien du contrôle des ressources numériques, s'articule de plus en plus autour de la dépendance aux logiciels, et l'intelligence artificielle pourrait offrir des solutions pour inverser ces dépendances. Ce changement met en lumière une préoccupation croissante : la profondeur de la dépendance des administrations publiques et des institutions gouvernementales à l'égard de solutions logicielles propriétaires.

Historique de la souveraineté numérique

Pendant vingt ans, les débats sur la souveraineté numérique ont porté principalement sur l'informatique en nuage, les données et les infrastructures, en négligeant souvent la dépendance profonde à l'égard des logiciels eux-mêmes. Les gouvernements achètent généralement des solutions logicielles au moyen de contrats à long terme, ce qui entraîne des systèmes obsolètes, une perte de savoir-faire et une dépendance envers un fournisseur unique.

Difficultés liées à la sortie d'un fournisseur de logiciels

Malgré les dispositions légales relatives à la réversibilité et à la portabilité des données dans les marchés publics, celles-ci sont rarement mises en œuvre en raison de leur coût élevé. Quitter un fournisseur de logiciels suppose des tâches complexes, comme l'analyse des systèmes, l'extraction des règles de gestion et la migration, qui sont rarement réalisables sans moyens importants.

Le potentiel de l'IA pour la réversibilité des logiciels

L'intelligence artificielle pourrait rendre plus accessibles l'analyse et la transformation de logiciels complexes, en réduisant le coût de compréhension et de modification des applications. Toutefois, l'IA ne rend pas intrinsèquement les systèmes réversibles ; elle pourrait seulement rendre ce concept plus concret.

Les défis de la migration des systèmes

La transition du système de messagerie de l'Éducation nationale, passé de Convergence d'Oracle à une solution nationale, illustre les difficultés de la migration. Les défis comprennent l'exportation des carnets d'adresses, la synchronisation des agendas, la récupération des archives de courriels et la reconfiguration des postes de travail, tout en préservant les identifiants académiques.

Les limites juridiques de l'usage des logiciels

La Cour de justice de l'Union européenne a jugé que les fonctionnalités des logiciels, les langages de programmation et les formats de fichiers ne sont pas protégés par le droit d'auteur en tant que tels. Cela permet une mise en œuvre indépendante, mais uniquement dans les limites de la loi : il est interdit de copier directement du code ou de contourner des licences.

L'IA et les nouvelles dépendances

Si l'IA pourrait renforcer la réversibilité des logiciels, elle pourrait aussi créer de nouvelles dépendances à l'égard de fournisseurs étrangers. Le code produit en masse pourrait être tout aussi opaque que les logiciels existants, ce qui souligne la nécessité de compétences en compréhension, en documentation et en maintenance pour une véritable souveraineté numérique.

Exigences stratégiques pour la souveraineté

Pour garantir la souveraineté, les gouvernements doivent privilégier la capacité à reconstruire ou à remplacer les systèmes essentiels. Cela implique des exigences telles qu'une portabilité effective des données, une documentation vivante, des tests réguliers des systèmes et des plans de sortie annuels. La souveraineté ne consiste pas seulement à posséder des logiciels, mais à conserver la capacité de les modifier lorsque cela est nécessaire.