Il est un fait que « les services proposés en pharmacie restent encore largement méconnus des patients », souligne Philippe Denry, pharmacien à Nancy (Meurthe-et-Moselle) et vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Une enquête menée en février 2026 révèle que la connaissance des missions de santé publique assurées par les pharmacies progresse, notamment pour les services de vaccination. Par exemple, 84 % des Français savent désormais que les pharmaciens réalisent des vaccinations autres que celles contre la grippe et le Covid-19 – soit 6 % de plus qu’en 2024. « Sur ce point, les patients sont plutôt bien informés, notamment grâce à leur médecin », observe Philippe Denry. « Mais ils ignorent encore que nous pouvons administrer le Gardasil, ou prescrire certains vaccins… » D’autres services restent dans l’ombre. Moins de la moitié des Français (49 %) ont connaissance de l’existence des consultations « maladies chroniques », et seulement 41 % ont entendu parler de celles dédiées aux « femmes enceintes ». L’information peine même à se diffuser parmi les professionnels. « Franchement, je pensais que les consultations pour l’asthme avaient été abandonnées depuis dix ans », confie le Dr Frédéric Le Guillou, pneumologue et président de l’association Santé respiratoire France. Une fois la barrière de l’information levée, les Français interrogés soutiennent massivement les services pharmaceutiques. Ainsi, plus de la moitié ignore que les pharmaciens peuvent prescrire des antibiotiques en cas de maux de gorge ou de cystite, mais 81 % se déclarent favorables à l’extension de ce droit de prescription. Autre preuve flagrante, le taux de personnes âgées de 16 ans et plus indiquant avoir été vaccinées en pharmacie (hors vaccins contre la grippe et le Covid-19) est passé de 78 % en 2024 à 84 % en 2026. Il atteint même 90 % chez les plus de 65 ans. « Je ne vaccine plus mes patientes contre la coqueluche, c’est le pharmacien qui s’en charge », témoigne Prisca Wetzel-David, présidente du Syndicat national des sages-femmes (UNSSF). Depuis le 6 mars 2026, les pharmaciens peuvent afficher les services qu’ils proposent en dehors de leur officine, dans des annuaires numériques, sur Internet, et même sur les réseaux sociaux. Cependant, « l’essentiel du travail de communication doit se faire à l’intérieur de la pharmacie », estime Philippe Denry. « C’est à nous de soulever le sujet : “Les vaccins de vos enfants sont-ils à jour ?” Si la réponse est : “Ah non, il faut que j’aille chez le médecin”, alors : “Repassez nous voir si vous le souhaitez, nous pouvons nous en occuper.” Il faut répondre quand un patient dit : “Mon médecin n’a pas eu le temps de m’expliquer”, et mobiliser toute l’équipe – préparateurs, adjoints, même s’ils ne réalisent pas les actes – pour recruter des patients pour les consultations. » Et de contacter les associations professionnelles, comme la Fédération française de pneumologie, « afin qu’elles relaient l’information auprès des patients », suggère le Dr Frédéric Le Guillou. « Les pharmaciens sont bien placés pour jouer un rôle d’alerte et de conseil, à condition d’être bien formés. » L’appel à la collaboration est lancé.