Un décor de Star Wars dans le désert tunisien, abandonné depuis 27 ans, risque désormais d'être enseveli par les sables mouvants.
Un village abandonné de Star Wars en Tunisie
Un village entier, vingt constructions, dressées au milieu du désert tunisien. Personne n'est jamais revenu pour le démonter. Depuis près de trois décennies, le sable grignote patiemment ce décor de cinéma, menaçant de l'engloutir complètement.Le décor de Mos Espa construit pour La Menace fantôme
Le décor de Mos Espa, construit en 1997 pour La Menace fantôme à Ong Jemel, a été abandonné après le tournage sans jamais être démantelé. Une barkhane progressant à environ 15 mètres par an menace d'ensevelir le site, comme ce fut le cas pour un décor du premier Star Wars en 2003.Un paysage désertique à l'allure extraterrestre
Imaginez traverser les dunes du sud tunisien, loin de toute route fréquentée, et vous retrouver face à face avec des maisons aux formes étranges, des dômes ocre et des structures métalliques rouillées plantées au milieu de nulle part. Pas de touristes, pas d'équipe de tournage, pas âme qui vive. Seulement le vent, le sable et ce silence particulier des lieux abandonnés.Le lieu et ses particularités
À Ong Jemel, près de Nefta en Tunisie, les vingt constructions du décor de Mos Espa, édifiées en 1997 pour La Menace fantôme, n'ont jamais été démontées. Le site se trouve à la lisière du Chott el-Gharsa, dans une zone appelée les dunes d'Eriguet. Les dunes en forme de croissant, saturées de sel, donnent au paysage des allures nettement extraterrestres.Mos Espa et son lien avec Star Wars
Pour ceux qui ont grandi avec la saga Star Wars, le nom de Mos Espa évoque immédiatement la cité d'Anakin Skywalker, ce jeune esclave devenu plus tard le redoutable Dark Vador. C'est précisément à Ong Jemel que cette ville fictive a pris forme en 1997, lors du tournage de La Menace fantôme, premier épisode de la trilogie préquelle signée George Lucas.Construction et abandon du décor
Les équipes de production avaient alors bâti un véritable village, avec ses maisons typiques, ses faux condenseurs d'humidité et des structures évoquant un marché aux esclaves sur une planète désertique. Vingt bâtiments au total, soigneusement édifiés pour donner l'illusion d'une civilisation établie depuis des générations. Une fois le tournage terminé, la logique voudrait que tout soit démonté, comme c'est l'usage sur la plupart des plateaux de cinéma. Sauf qu'ici, rien de tel ne s'est produit.La menace des dunes mouvantes
Ce qui aurait pu rester une simple curiosité touristique est devenu, avec le temps, un véritable sujet d'étude scientifique. En 2013, Ralph Lorenz, chercheur au laboratoire de physique appliquée de l'université Johns-Hopkins, a publié pour la Planetary Society un article attirant l'attention sur un phénomène inquiétant : une barkhane, autrement appelée dune en croissant mobile, menace littéralement d'ensevelir le décor.Étude scientifique du déplacement de la dune
Une étude publiée dans la revue Geomorphology, menée conjointement par des chercheurs de Johns-Hopkins, de l'université Brigham Young et de l'université de Sousse, a permis de quantifier précisément cette menace. En comparant des images satellites prises à différentes dates, l'équipe a calculé que la dune avançait d'environ 15 mètres par an.Précédent d'ensevelissement par une dune
Selon les calculs de Lorenz, laissée à elle-même, la dune aurait traversé le décor dans les six années suivant la publication de son article. Un scénario loin d'être théorique, puisqu'un précédent existe non loin de là : un autre décor, utilisé pour le premier Star Wars, Un nouvel espoir, sorti en 1977, avait été entièrement enseveli sous une dune en 2003.Efforts de préservation et résultats
Face à ce constat, les autorités tunisiennes ont enfin réagi. En avril 2014, le ministère du Tourisme a lancé la campagne Save Mos Espa, en partenariat avec plusieurs organisations. L'objectif affiché était de réunir 300 000 dinars tunisiens, soit environ 137 000 euros, pour financer la restauration du site.Efforts de dégagement du sable
L'État tunisien a alloué 160 000 dinars à ce projet de sauvetage. Nabil Gasmi, impliqué dans cette campagne, a livré un constat sans détour. Il a expliqué que la région, particulièrement venteuse, voyait ses dunes se déplacer d'environ 15 mètres par an, et qu'une dune avait déjà enseveli 10 % du site. Les équipes mobilisées ont néanmoins réussi à retirer 8 000 mètres cubes de sable en seulement 12 jours.Dégâts sur le décor et défis persistants
Gasmi a également précisé qu'une partie du décor s'était déjà effondrée sous la pression des éléments. Ce qui rend cette histoire particulièrement fascinante du point de vue d'un passionné de sciences, c'est l'improbable rencontre entre la fiction cinématographique et la géomorphologie désertique. Un décor destiné à représenter une planète lointaine et hostile se retrouve, malheureusement, confronté aux lois réelles de la dynamique éolienne.L'état actuel de Mos Espa
Aujourd'hui, Mos Espa continue d'exister, pris entre préservation du patrimoine et érosion naturelle. Un rappel assez vertigineux que même les univers imaginaires les plus marqués restent, au fond, soumis aux forces physiques qui façonnent notre propre planète.