Le village d’Al-Madam, niché dans les dunes de Sharjah à environ une heure de route de Dubaï, a été abandonné sans explication officielle. Construit dans les années 1970 dans le cadre du programme gouvernemental de logements Sha’bi, destiné à sédentariser les tribus bédouines nomades, dont la famille Al Kutbi, il n’a été évacué que quelques années après son achèvement, laissant derrière lui une énigme qui continue de fasciner les habitants et les chercheurs. Deux théories principales tentent d’éclairer les raisons de cet abandon soudain. La première évoque des tempêtes de sable violentes ayant rendu la zone inhabitable, ensevelissant progressivement les constructions sous les dunes mouvantes. La seconde, ancrée dans le folklore local, attribue le départ des habitants à la légende des jinn – ces êtres surnaturels issus de la mythologie arabo-musulmane – qui auraient chassé les résidents. Aucune de ces explications n’a été officiellement confirmée, et le village reste un mystère silencieux. Al-Madam se compose de deux rangées de maisons identiques se faisant face, séparées par une ruelle progressivement engloutie par le sable. Une petite mosquée occupe le centre du village, qui s’inscrit dans l’extension de la ville plus large portant le même nom. Cette dernière s’est développée autour d’anciennes routes commerciales reliant Oman à la localité émiratie de Hatta. Certaines parties du village conservent encore des traces de vie passée, comme des tapis de sol décoratifs ou des fragments de peintures murales, tandis que d’autres ont été entièrement recouvertes par le sable, rendant certaines pièces inaccessibles. Selon le professeur d’architecture Yasser Elsheshtawy, Al-Madam fut l’une des réalisations du programme Sha’bi, lancé dans les années 1960 pour offrir un logement moderne et permanent aux familles habituées à un mode de vie nomade. Un homme interrogé par la Sharjah Art Foundation en 2018 affirmait s’y être marié, confirmant ainsi que le village avait été construit et occupé dans les années 1970. Il évoquait également l’impact des tempêtes de sable, qui avaient fini par rendre la zone invivable en ensevelissant progressivement les habitations sous les dunes. Contrairement à d’autres villages fantômes, comme Kolmanskop en Namibie, qui ont été transformés en attractions touristiques, Al-Madam n’a pas fait l’objet d’une valorisation officielle. La fermeture de la frontière omanaise au poste de contrôle de Mahda en 2016 a encore réduit le trafic sur la route reliant le village à Hatta, désormais accessible uniquement aux citoyens émiratis et omanis, ainsi qu’aux personnes disposant de permis spéciaux. Résultat : le village continue de disparaître lentement sous les dunes, loin des circuits touristiques balisés. Entre une initiative gouvernementale oubliée, la force implacable de la nature et les légendes locales, Al-Madam incarne les tensions complexes entre une modernité imposée et les modes de vie traditionnels bédouins.