Des châteaux de contes de fées abandonnés dans la forêt turque révèlent un scandale financier impliquant 67 millions de dollars et 587 villas inachevées.
Emplacement du projet Burj Al Babas
Près de Mudurnu, petite ville historique de la province de Bolu, en Turquie, 587 répliques identiques de tours néo-gothiques se succèdent à perte de vue au cœur de la forêt, vestiges d'un projet immobilier devenu l'un des plus grands scandales financiers du pays.Origines du projet Burj Al Babas
Lancé en 2014 par le groupe Sarot, le projet Burj Al Babas visait la construction de 732 villas destinées à des investisseurs du Golfe. Toutefois, le projet a fait faillite en 2018, avec 27 millions de dollars de dettes.Poursuites judiciaires contre les promoteurs
En mai 2025, le procureur turc a requis jusqu'à 885 ans de prison pour chacun des 13 suspects accusés d'avoir escroqué des investisseurs koweïtiens à hauteur de 67,18 millions de dollars, sans avoir livré une seule villa.Impact environnemental du projet
Le site, composé de 587 mini-châteaux inachevés et abandonnés, s'est dégradé sous l'effet des intempéries, tout en entraînant la destruction de 6,5 décares de forêt et de 82 arbres.Succès initial et effondrement
L'argument de vente du projet reposait sur l'image d'une résidence secondaire digne d'un conte de fées, loin de la chaleur du désert et nichée dans la verdure de l'Anatolie. Au départ, le projet semblait sur de bons rails, 350 villas ayant trouvé acquéreurs parmi une clientèle du Golfe.Facteurs économiques à l'origine de l'échec
Cependant, les ventes se sont essoufflées en 2018, en raison de la chute des prix du pétrole et de l'instabilité de l'économie turque, marquée par une inflation galopante et la dépréciation de la livre turque. L'équilibre financier du projet s'est effondré en quelques mois seulement.Faillite et arrêt des travaux
Le groupe Sarot a déposé le bilan en 2018, déclarant une dette de 27 millions de dollars. Le chantier s'est arrêté brutalement, laissant des centaines de bâtiments figés à différents stades de construction.Tentatives de relance et contrôle persistant
Un groupe américain a été annoncé pour reprendre le projet en 2021, suscitant un bref espoir, mais des informations recueillies en 2024 indiquent que Sarot contrôle toujours le site.Recours judiciaires et plaintes
L'affaire a pris une dimension judiciaire rare, cinquante-neuf plaignants ayant saisi le procureur afin de faire valoir leurs droits. Le site est resté à l'abandon depuis la faillite de son promoteur, aucune des villas n'étant achevée en 2022.Dégradation des structures
L'hiver anatolien n'a rien arrangé : les chutes de neige répétées ont provoqué d'importants dégâts liés à l'eau sur des façades qui n'ont jamais été correctement imperméabilisées. Sans toitures achevées ni finitions intérieures, l'humidité s'infiltre année après année dans des constructions conçues pour ressembler à des palais, mais qui ne protègent désormais plus rien.Infractions environnementales et actions en justice
Une plainte a été déposée contre les promoteurs pour la destruction d'arbres et le déversement de terre en forêt, avec un bilan chiffré de 6,5 décares de terrain forestier endommagés et de 82 pins noirs et chênes arrachés lors de la construction.État actuel du site
Aujourd'hui, les rues de Burj Al Babas restent désespérément vides, sans le moindre habitant, sans une seule lumière allumée le soir, seulement des centaines de tourelles identiques qui se répondent en silence parmi les arbres de la province de Bolu.Héritage du projet Burj Al Babas
Ces mini-châteaux abandonnés illustrent les excès de la spéculation immobilière déconnectée des réalités économiques, derrière une histoire bien plus sombre faite de promesses non tenues et de procédures judiciaires qui s'étirent encore aujourd'hui. Burj Al Babas restera sans doute l'un des symboles les plus frappants de ces projets pharaoniques que la réalité finit toujours par rattraper.