Le projet sucrier Omo Kuraz en Éthiopie, qui a coûté plus de 1,1 milliard de dollars, est à l'abandon, avec 83 % de son usine inachevée, illustrant une erreur industrielle coûteuse.
Le projet Omo Kuraz face à des difficultés financières et techniques
Dans la vallée de l'Omo, au sud de l'Éthiopie, des moissonneuses-batteuses et des turbines industrielles restent exposées aux éléments depuis des années, sous la pluie et le soleil. Selon Ethiopian Investment Holdings, le projet sucrier Omo Kuraz a englouti plus de 65 milliards de birrs, soit environ 1,1 milliard de dollars, pour un résultat qui ressemble davantage à un cimetière industriel qu'à une raffinerie.L'usine Kuraz I reste inachevée
Le projet sucrier Omo Kuraz a coûté plus de 65 milliards de birrs (environ 1,1 milliard de dollars), et l'usine Kuraz I reste inachevée à 83 % depuis l'arrêt des travaux en 2018. La dette extérieure du secteur sucrier éthiopien atteint environ 144 milliards de birrs (2,1 milliards de dollars), et l'État prévoit d'en couvrir la moitié au moyen du budget fédéral.Les équipements abandonnés se dégradent rapidement
Les discussions sur la privatisation ont été interrompues en novembre 2025 faute d'offres sérieuses, tandis que les machines et les équipements restent abandonnés, sans protection contre les intempéries. Un rapport parlementaire éthiopien, relayé en avril 2026, décrit le site d'Omo Kuraz V comme un terrain vague à ciel ouvert, où des machines d'une valeur de plusieurs millions sont laissées à rouiller.Les travaux suspendus pour des raisons financières
Le rapport compare la situation à celle d'une voiture de luxe garée dans un champ, portières ouvertes, pendant des saisons entières. L'humidité s'infiltre, les circuits électroniques se dégradent, les structures métalliques s'oxydent. Chaque mois qui passe rend la remise en service plus coûteuse, voire techniquement impossible pour certaines pièces. Le chantier de Kuraz V avait débuté avec de grandes ambitions en 2016, confié au contractant chinois JJIEC. Les travaux ont été suspendus pour des raisons financières, et la direction du groupe sucrier n'a pas encore décidé du sort de cette usine.Plusieurs sites restent suspendus
Des équipements achetés à prix fort restent bloqués dans un no man's land administratif, tandis que leur valeur s'érode chaque jour. Ce cas n'est pas isolé. Le dernier rapport financier du groupe sucrier, approuvé en 2026, confirme que les travaux sur plusieurs sites, Kessem, Omo Kuraz I, Omo Kuraz V, Tendaho et Welkait, restent suspendus pour des raisons financières, sécuritaires et climatiques. En d'autres termes, de sérieux doutes pèsent sur la mise en service de ces infrastructures.Kuraz I est presque achevée, mais non fonctionnelle
Selon Ethiopian Investment Holdings, en 2026, le projet sucrier Omo Kuraz a englouti plus de 65 milliards de birrs, soit environ 1,1 milliard de dollars, et 83 % de l'usine Kuraz I restent inachevés. Un chiffre vertigineux : il s'agit d'une structure achevée à près des trois quarts, mais incapable de produire ne serait-ce qu'un seul sac de sucre. L'histoire de Kuraz I ressemble à un feuilleton administratif.Travaux arrêtés en 2018
Les travaux avaient progressé jusqu'à ce fameux seuil de 80 % avant de geler brutalement en 2018, après la résiliation du contrat avec la Metals and Engineering Corporation, plus connue sous son acronyme MetEC. Depuis, le chantier est complètement à l'arrêt, comme suspendu dans le temps. Le plus frustrant est que la ligne d'arrivée semble proche sur le papier.Des coûts restants élevés
Selon le même rapport parlementaire, près de 19 milliards de birrs seraient encore nécessaires pour achever la construction de l'usine Omo Kuraz I. Une somme importante, qui paraît presque dérisoire comparée aux dizaines de milliards déjà dépensés sans aucune production.L'usine de Wolkayit fait face à des problèmes similaires
L'usine de Wolkayit ne fait pas exception à cette tendance. Selon la déclaration de juin 2026 faite lors du sommet Ethiopia Delivers, 42 milliards de birrs supplémentaires seraient nécessaires pour l'achever. Au total, les zones d'Omo Kuraz ont coûté 341 millions de dollars, financés principalement par la dette, pour une ambition initiale qui illustre l'ampleur du décalage : broyer 60 000 tonnes de canne par jour grâce à une plantation de 100 000 hectares répartie sur quatre usines.Dette et poids financier
Derrière ces chiffres vertigineux se cache une question beaucoup plus terre à terre : qui paiera la facture ? La dette extérieure du secteur sucrier éthiopien s'élève aujourd'hui à environ 144 milliards de birrs, soit près de 2,1 milliards de dollars. Un plan de sauvetage annoncé en juillet 2026 prévoit que l'État en couvre la moitié au moyen du budget fédéral, ce qui signifie que les contribuables éthiopiens paieront indirectement pour des machines rouillées dans un champ.Des efforts de privatisation au point mort
Face à cette dette colossale, la privatisation aurait pu sembler logique. Elle est pourtant bloquée. En novembre 2025, Ethiopian Investment Holdings a informé le Parlement que les discussions sur la privatisation avaient été interrompues faute d'offres sérieuses et en raison d'obstacles juridiques et techniques jugés trop complexes à surmonter rapidement. Ce blocage illustre un paradoxe plutôt cruel.Les investisseurs restent hésitants
Plus de 53 milliards de birrs avaient déjà été dépensés dès juin 2022, et les montants n'ont fait qu'augmenter depuis, sans qu'aucun acheteur privé ne se précipite pour reprendre le projet. Il est en effet difficile de convaincre des investisseurs alors que les équipements censés faire fonctionner les usines se détériorent à l'extérieur, sous la pluie, pendant que les négociations traînent en longueur.Le projet illustre les risques des grands projets industriels
Le projet Omo Kuraz illustre, à sa manière, les écueils que peuvent rencontrer les grands programmes industriels lancés avec ambition mais sans garde-fous suffisants en matière de financement et de suivi technique. Entre machines abandonnées, usines figées à 83 % et dette colossale à partager, la question sucrière éthiopienne ressemble moins à une success story industrielle qu'à une leçon coûteuse sur ce qu'il ne faut pas faire lorsqu'on construit à cette échelle.