Des milliers d'Éthiopiens fuient la guerre et la pauvreté, risquant tout pour rejoindre l'Arabie saoudite via Djibouti, où prospère une économie transnationale dangereuse.
Réfugiés à Djibouti
Des milliers d'Éthiopiens fuyant le conflit dans le nord de l'Éthiopie tentent de rejoindre le Yémen, puis l'Arabie saoudite, dans l'espoir d'une vie meilleure. Beaucoup de ces réfugiés ne survivront pas au voyage, et une économie souterraine s'est développée autour de leur passage par Djibouti.Conditions à Obock
Le paysage autour d'Obock, dans le nord de Djibouti, est aride et hostile, avec un sol craquelé et une végétation brûlée. Kyrad, une jeune fille de quinze ans originaire de la région du Tigré, décrit les dangers de la route. Elle explique que bon nombre de ses compagnons de voyage sont morts et ont été abandonnés sans sépulture digne de ce nom.Le voyage vers le Yémen
Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 57 000 Éthiopiens sont arrivés à Djibouti entre janvier et juin 2026, et plus de 51 000 ont poursuivi leur route vers le Yémen. Beaucoup de ces exilés se préparent à une traversée périlleuse du détroit de Bab el-Mandeb, dernière étape avant d'atteindre le Yémen.Réseaux de traite des êtres humains
Dans les montagnes près d'Obock, un groupe d'exilés éthiopiens se rassemble sous une tente de fortune pour payer leur passage vers le Yémen. Omar, l'un des hommes qui organisent les traversées, reconnaît participer à la traite des êtres humains, une activité qui fait vivre sa famille dans une région où les opportunités économiques sont rares.Fuir la guerre et le recrutement
Teddy, 26 ans, originaire du Tigré, a fui le recrutement militaire forcé après la reprise des combats dans le nord de l'Éthiopie. Il affirme qu'il préfère risquer de mourir pendant le voyage vers l'Arabie saoudite plutôt que d'être enrôlé dans une guerre qu'il n'a pas choisie. Le Front de libération du peuple du Tigré a menacé de sanctions, y compris la peine de mort, ceux qui refusent de prendre part au conflit.Changement climatique et déplacements
Outre la guerre, le changement climatique a contraint de nombreux Éthiopiens à quitter leur foyer. Sécheresses et inondations ont détruit les récoltes et le bétail, ne laissant aux familles que peu de choix. Abdi Icha, qui marche depuis trois mois, explique que le manque de pluie rend la vie de plus en plus difficile et l'a poussé à chercher un avenir meilleur en Arabie saoudite.Les femmes parmi les exilés
En 2025, 27 % des exilés enregistrés à Djibouti étaient des femmes, dont beaucoup fuyaient des mariages forcés ou des mutilations génitales féminines. Ces femmes sont exposées à des risques importants de violences sexuelles, de traite et d'exploitation pendant leur voyage.La vie à Obock
Dans les rues d'Obock, les exilés éthiopiens cherchent de la nourriture, de l'eau et du travail pour financer leur voyage vers l'Arabie saoudite. Beaucoup sont contraints d'accepter des emplois temporaires, comme décharger des marchandises venues du Yémen ou travailler dans des foyers locaux, en attendant de pouvoir traverser le détroit de Bab el-Mandeb.Réseaux de passeurs et intermédiaires
Le trajet du Tigré au Yémen repose sur un réseau d'intermédiaires appelés dilal, qui facilitent chaque étape du voyage. Kyrad a payé 500 dollars à un dilal pour atteindre Obock, tandis que d'autres ont dû faire face à des conditions difficiles malgré la promesse d'un passage plus facile.Le coût élevé de la survie
À Obock, l'eau et la nourriture sont vendues à des prix exorbitants, une bouteille d'eau pouvant coûter jusqu'à 250 birrs, même lorsqu'elle n'est pas potable. Teddy décrit la difficulté de trouver des produits abordables et sûrs alors qu'il se prépare à la traversée dangereuse vers le Yémen.Des routes maritimes historiques
Le port d'Obock est depuis longtemps un carrefour du commerce maritime entre Djibouti et le Yémen. Aujourd'hui, des bateaux de pêche y accostent chaque jour, et certains sont utilisés par des réseaux de contrebande et de traite des êtres humains pour transporter des exilés à travers le golfe d'Aden.La contrebande par le port
À marée basse, les bateaux de pêche s'échouent sur les bancs de sable du port d'Obock. Si la plupart servent à la pêche, certains sont détournés par des réseaux de contrebande pour transporter des personnes vers le Yémen. Ces embarcations sont utilisées depuis des siècles, mais elles servent désormais à une fin dangereuse et illégale.Chiffres et aspirations
En 2025, plus de 200 000 exilés éthiopiens sont entrés à Djibouti, dont 85 % espèrent atteindre l'Arabie saoudite. Les réseaux de contrebande promettent des opportunités dans un pays en pleine transformation, notamment à l'occasion de la Coupe du monde 2034 et des plans de développement Vision 2030.Dangers à la frontière
Ahmed*, 19 ans, arrêté, battu puis expulsé par les autorités saoudiennes, décrit la brutalité dont il a été victime. Il a dépensé plus de 500 euros pour atteindre l'Arabie saoudite, pour être finalement accueilli par la violence et le rejet.Exploitation et peine de mort
Certains Éthiopiens sont contraints de transporter de la drogue en échange de leur passage, au risque de la peine de mort s'ils sont arrêtés. Au moins 17 Éthiopiens ont été exécutés en Arabie saoudite depuis janvier 2026, dont cinq le 27 juillet pour trafic de haschich.La traversée finale
Chaque soir, des bateaux surchargés quittent le rivage d'Obock en direction du Yémen, transportant souvent plus de 150 exilés. Beaucoup de ces voyageurs ne savent pas nager, et la traversée est périlleuse. Youssouf* a survécu au chavirement d'un bateau, mais 100 de ses compagnons de voyage sont morts.Corruption et contrebande
Abdo Dini Abdoulkader, guide pour les exilés, affirme que les autorités djiboutiennes ne mettent pas fin aux activités de contrebande. Il paie la police aux postes de contrôle pour permettre la poursuite des traversées. Nour, membre des garde-côtes, reconnaît avoir accepté des pots-de-vin pour laisser passer les passeurs.Bateaux détruits et répression
En juin 2026, les autorités djiboutiennes ont incendié des bateaux utilisés pour la contrebande sur la plage de départ de Godoria. Cette mesure illustre les efforts du gouvernement pour réprimer les traversées illégales, malgré le flux continu d'exilés en quête d'une vie meilleure.