Le vol de la Joconde
Le 21 août 1911, Vincenzo Peruggia, un vitrier italien de 29 ans, retire la vitre qu'il avait installée auparavant et emporte la Joconde du Louvre. Le musée est fermé au public ce jour-là et la salle est vide. Vers 7 heures, les gardiens ne sont pas tous à leur poste. Peruggia retire la vitre et le cadre, puis glisse le tableau sous sa chemise de travail. Le portrait, peint sur bois de peuplier, ne pèse que quelques kilogrammes et n'attire pas l'attention dans un musée où circulent des ouvriers. Il quitte la salle, longe le couloir du premier étage et rejoint un petit escalier de service. Selon son propre témoignage, une porte fermée à clé l'arrête, et un plombier qui passait l'ouvre sans se douter de rien. Peruggia sort par la cour Visconti, dépasse le gardien et débouche sur la rue de Rivoli.La découverte de l'absence du tableau
Le lendemain, le peintre Louis Béroud, habitué des lieux, arrive avec un chevalet sous le bras pour travailler devant le tableau, mais ne trouve qu'un mur. On fouille les couloirs, les placards et les réserves, et un journal offre 55 000 francs de récompense à celui qui retrouvera l'œuvre.Enquête et fausses pistes
La Joconde est gardée dans la chambre de Peruggia, dans le 10e arrondissement, pendant deux ans. Il est interrogé à son domicile dès novembre 1911 et explique qu'il a posé la vitre dans le Salon carré, où était accrochée la Joconde. Plusieurs récits de l'enquête relèvent que son nom ne figurait pas sur la liste des personnes dont les empreintes digitales avaient été relevées, alors que l'empreinte trouvée sur la vitrine aurait dû être la sienne.Faux suspects et focalisation policière
Le 7 septembre 1911, la police rend visite à Picasso. Pendant que le véritable voleur dort paisiblement à quelques stations de métro du Louvre, les enquêteurs se tournent vers les avant-gardes. Le fil passe par un ancien secrétaire que le poète Guillaume Apollinaire avait recueilli chez lui, un jeune homme décrit par ses contemporains comme cosmopolite, drôle et indifférent au bien d'autrui. Ce lien suffit à entraîner Apollinaire et son entourage dans l'affaire. Picasso, qui fréquentait le poète, se retrouve dans le même courant. Apollinaire est arrêté et brièvement emprisonné, Picasso est interrogé, et les deux hommes sont ensuite relâchés. Franceinfo rappelle que les deux hommes ont été « provisoirement suspectés ».La récupération de la Joconde
La vérité vient de Florence en 1913, lorsque Peruggia tente de vendre le tableau à un antiquaire, Alfredo Geri, qui alerte la police. Peruggia affirme avoir agi seul. Le tableau était resté deux ans à Paris avant d'être retrouvé à Florence. La presse couvre l'affaire avec empressement, et le tableau passe du statut de chef-d'œuvre respecté à celui d'icône mondiale. Le Figaro écrit que ce vol « a fortement contribué à la notoriété actuelle du tableau ».Le retour et ses suites
Le retour se fait en grande pompe : le Conseil des ministres envoie en Italie le directeur des musées nationaux et le conservateur en chef de la peinture au Louvre pour ramener l'œuvre. En 1914, les Parisiens l'accueillent avec un enthousiasme débordant. Peruggia aurait été condamné à un an et 15 jours de prison, selon plusieurs récits de l'affaire, à peine plus que ce qu'Apollinaire avait connu dans une cellule qui n'aurait jamais dû être la sienne.