Le film Digger, réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu, suit Tom Cruise dans deux rôles distincts : celui de Digger, un magnat du pétrole qui se livre à des forages excessifs, et celui de Curtis Markson, l’interprète scénique de Digger. Curtis est à la recherche de sa fille disparue et entre en désaccord avec la metteuse en scène Sophie Wilde sur le ton à donner à la production. Environ un tiers du film plus tard, l’intrigue prend un virage inattendu : ce qui a été montré jusqu’alors s’avère être une répétition d’une pièce de théâtre. Cette pièce, qui satirise l’effondrement du monde actuel, offre un aperçu des vies sombres et inquiétantes des acteurs et des spectateurs qui, le temps d’une représentation, s’échappent de leur réalité à travers l’art. Digger explore la relation complexe entre réalité et fiction, établissant des parallèles entre les deux. Inarritu explique que « la fiction, ou plutôt l’art, nous offre la possibilité de représenter la réalité. Qu’il s’agisse d’un roman, d’un film, d’une peinture ou d’une chanson, une œuvre d’art est une représentation de la réalité. D’une émotion, d’une pensée ou d’un événement. Et parfois, cette représentation semble plus réaliste que la réalité qu’elle dépeint, car elle permet de se voir soi-même, de se reconnaître. » Inarritu souligne que les personnages de Digger et Curtis incarnent ce thème : la réalité et sa représentation. Il note que la metteuse en scène est désorientée quant à la manière de raconter l’histoire et incertaine quant à son ton, qui oscille entre comédie, divertissement, drame sérieux, farce ou satire. Au final, ce qui compte, c’est que nous faisons partie d’une histoire et devons comprendre celle que nous nous racontons, en naviguant à travers les questions qu’elle soulève. Inarritu suggère que l’interprétation de Tom Cruise met en lumière les deux facettes présentes en chaque être humain, évoquant les luttes d’un acteur cherchant à incarner le rôle qu’il doit jouer. Le réalisateur ajoute : « Je pense que nous avons tous un peu de Digger en nous. Nous avons tous ces histoires que nous voulons raconter sur nous-mêmes. Nous voulons justifier nos ambitions, notre idéologie, nos opinions ou notre vérité. Mais nous avons tendance à confondre vérité et réalité, qui sont deux choses distinctes : la réalité n’a rien à voir avec la vérité, tandis que cette dernière est une émotion qui reflète notre façon de voir les choses, de grandir, de nous éduquer. » John Goodman incarne un président grimaçant et irritable, arborant une cravate rouge, ce qui renforce la critique de l’Amérique contemporaine dans le film. Ce dernier intègre également l’usage récurrent de masques, un élément déjà présent dans les œuvres antérieures d’Inarritu comme Eyes Wide Shut et Mission: Impossible.