Entre les nuits blanches, les biberons à préparer et les couches à changer, les premiers mois avec un bébé laissent souvent peu de place au repos. L’arrivée d’un enfant bouleverse le quotidien et peut parfois modifier la façon dont une jeune mère se perçoit. Face à cette nouvelle vie, certaines peuvent avoir l’impression de « ne plus tout à fait être la même qu’avant ». La maternité : « J’étais enceinte, j’ai vraiment perdu cette légèreté. » Avant sa première grossesse, Aurélie Pechery-Pery, secrétaire de l’association Maman Blues, menait une vie bien remplie, rythmée par son travail, ses sorties et une vie sociale active. Décrite par ses proches comme une personne rayonnante, elle a rapidement eu l’impression de ne plus se reconnaître lorsqu’elle est tombée enceinte. « Ce sentiment est arrivé très tôt pendant la grossesse : du jour au lendemain, je n’étais plus insouciante. Avant, j’avais des coups de blues, comme tout le monde, mais je me sentais épanouie. Enceinte, j’ai vraiment perdu cette légèreté », confie-t-elle. Aujourd’hui mère de deux enfants âgés de 7 et 4 ans, cette jeune femme a connu une dépression anténatale et post-partum lors de sa première grossesse. Pour Aurélie Pechery-Pery, cette grossesse a été « plus une source d’angoisse que de bonheur ». En effet, dès le premier trimestre, une femme peut présenter des symptômes de dépression anténatale. Cette pathologie peut se manifester par de la tristesse, des troubles du sommeil, de la fatigue, de l’anxiété, de l’irritabilité ou un sentiment de dévalorisation. Ces signes sont souvent confondus avec ceux de la grossesse, ce qui peut retarder le diagnostic. Dans le cas de la jeune femme, elle avait l’impression d’être la seule responsable du bien-être de son bébé, un fardeau émotionnel lourd à porter. À l’époque, elle n’a pas été diagnostiquée, malgré la souffrance qu’elle traversait. Son mal-être s’est progressivement installé et a évolué en dépression post-partum après la naissance de son premier enfant. « En plus de la fatigue et des pleurs, j’ai développé des phobies et j’avais du mal à créer un lien avec mon bébé. Je me torturais avec des pensées intrusives, comme "Pourquoi je suis comme ça ?", "Pourquoi je n’arrive pas à être heureuse ?" ou "Pourquoi je ne ris plus ?". Mon entourage ne me reconnaissait plus », raconte-t-elle. La grossesse et la maternité sont souvent perçues comme des périodes joyeuses et heureuses. Pourtant, toutes les femmes ne les vivent pas ainsi. Une femme enceinte ou jeune mère peut ne pas se sentir autorisée à exprimer son anxiété et son inconfort en raison de ces attentes sociales. Pour Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences, sexologue et autrice de Cerveau, sexe et amour (éd. Humensis), il est essentiel de repenser l’accompagnement des jeunes mères après l’accouchement. Le manque d’information et l’isolement peuvent notamment accentuer l’anxiété, alors que les femmes ont besoin d’être rassurées et entourées pendant cette période intense. « Souvent, les femmes ne comprennent pas ce qui leur arrive. En quelques mois, elles subissent de nombreux changements physiques, hormonaux et cérébraux. Elles peuvent alors paniquer face à des sensations qu’elles ne connaissent pas, et cette panique peut parfois les déséquilibrer », explique-t-elle. Selon la spécialiste, mieux informer les femmes sur ces changements et leur donner des repères sur leur durée peut déjà être rassurant. « Le simple fait d’expliquer ce qui leur arrive, de leur dire qu’il y a une issue et que cette période ne durera pas peut sauver des vies », ajoute Aurore Malet-Karas. Le droit de ressentir de la nostalgie pour sa vie d’avant En repensant à leur vie d’avant, certaines mères éprouvent parfois de la nostalgie. Ce sentiment peut alors s’accompagner d’une forme de culpabilité : cela signifie-t-il qu’elles regrettent leurs enfants ? « Cette émotion est tout à fait légitime. On peut aimer ses enfants plus que tout au monde, et malgré cela, ressentir de la nostalgie pour sa liberté, son insouciance ou d’autres aspects de sa vie d’avant », rassure Aurore Malet-Karas. Reconnaître ce sentiment permet de mieux le comprendre, tandis que le minimiser peut parfois favoriser son évolution vers des pensées plus sombres. De son côté, Aurélie Pechery-Pery indique qu’elle a peu de regrets concernant la personne qu’elle était avant de devenir mère. « Ce parcours, bien que difficile, m’a permis de devenir la meilleure version de moi-même. Je n’ai presque aucune animosité envers la personne que j’étais pendant la grossesse et le post-partum, car cela m’a permis de commencer un suivi thérapeutique et de régler divers problèmes. Je crois être une meilleure mère que je ne l’aurais été sans ce soutien. Bien sûr, j’aurais préféré ne pas traverser ces épisodes, mais j’ai retrouvé la joie de vivre avec mes enfants. Nous avons un lien très fort », exprime la jeune mère. Le soutien de l’entourage reste essentiel pendant la grossesse et le post-partum. « Certains peinent à comprendre ce qu’une femme traverse pendant ces périodes de transition. Pourtant, il est nécessaire de lui laisser l’espace pour exprimer son malaise, ses peurs ou sa frustration. Lors des consultations, il est possible de recevoir le co-parent, voire les parents de la femme, pour expliquer ce qu’elle traverse. Cela permet généralement d’apaiser les tensions et de mieux soutenir la famille pendant ces étapes de vie », souligne la docteure en neurosciences. Il est donc essentiel de libérer la parole autour des difficultés qui pèsent sur la maternité. Pour en savoir plus sur l’association Maman Blues, celle-ci soutient les mères confrontées à des difficultés maternelles. Ces difficultés englobent l’ensemble des troubles psychologiques rencontrés pendant la période périnatale, de la grossesse aux premières années de l’enfant. Elle propose une écoute, des groupes de parole et des orientations vers des professionnels, tout en sensibilisant le grand public et les soignants à la souffrance maternelle.