La poétesse Maud Thiria vient de publier son dernier ouvrage, Langue torse, aux éditions LansKine. Dans ce livre, elle développe l’idée d’un « langage tordu » comme forme de résistance face à ce qu’elle nomme le « langage droit ». Selon elle, ce langage droit reflète les attentes sociétales et familiales, en particulier celles imposées aux femmes, et s’inscrit dans des systèmes patriarcaux. Thiria oppose à ce modèle un « langage torse », qu’elle présente comme un moyen de s’affranchir de ces contraintes et d’inventer de nouvelles formes d’expression, y compris à travers des « autres lois » qui remettent en question les normes établies. L’autrice s’appuie sur le mythe de Philomèle, tiré des Métamorphoses d’Ovide, un récit où une femme est violée, mutilée et réduite au silence par son beau-frère. Elle en propose une relecture axée sur la résistance et la transformation, suggérant que la subversion du langage peut ouvrir une voie vers la libération. Elle évoque également le mythe biblique de la création, interrogeant la nécessité d’Adam et l’idée de châtiment. Elle esquisse une narration alternative où le langage serait affranchi de telles contraintes. Le style de Langue torse est décrit comme dynamique et expérimental, jouant sur le rythme, le son et la forme pour explorer les limites du sens et du non-sens. Thiria insiste sur la dimension physique du langage, le reliant au corps, aux éléments naturels et aux expériences tactiles. Elle explique comment ses expériences personnelles de silence, de violence et de cécité ont façonné son travail, l’amenant à explorer d’autres modes d’expression, comme la peinture ou les arts textiles. Thiria souligne aussi le caractère politique de sa poésie, qu’elle considère comme une forme de résistance face aux structures de pouvoir oppressives, tant dans le langage que dans la société. Elle s’est notamment engagée en faveur des voix des femmes afghanes face à l’avancée des talibans et continue de s’investir dans des milieux éducatifs et carcéraux. Pour elle, sa poésie est un outil pour défier les attentes et affirmer son autonomie, en tant que femme et en tant qu’artiste.