En 2019, le roman Ce qu'elles disent de Miriam Toews était publié en français, avant d’être adapté au cinéma en 2023 par Sarah Polley. L’histoire suit un groupe de femmes au sein d’une communauté mennonite qui, pour la première fois de leur vie, osent parler des abus sexuels qu’elles ont subis. L’ouvrage explore la tension entre la liberté d’expression et les contraintes imposées par le silence, la culture et le traumatisme, à travers le prisme autobiographique de l’autrice canadienne. Le roman s’ouvre en avril 2023, lorsque Miriam Toews est invitée à un événement littéraire au Mexique. Lors de cette rencontre, des écrivains du monde entier sont invités à lire un texte qu’ils ont écrit pour l’occasion sur le thème : « Pourquoi j’écris ? » Cette demande, en apparence simple, plonge l’autrice dans une grande détresse. Le livre devient alors un long voyage réflexif à travers sa vie, où elle exhume des souvenirs et des questions qu’elle n’avait jamais envisagés auparavant. Elle en arrive finalement à une prise de conscience claire : elle écrit parce que sa sœur le lui a demandé. « Je viens de m’en rendre compte », écrit-elle. Adolescente, elle voyageait en Europe, et sa sœur lui avait demandé de lui écrire chaque jour pour lui raconter son périple. Sa sœur, qui des années plus tard se suicidera après une période de mutisme absolu. Dans cette narration fragmentée, Miriam Toews évoque son quotidien avec énergie et humour. Pourtant, à travers les échanges avec les organisateurs de l’événement littéraire et les conversations avec ses petits-enfants, elle s’attarde sur ce qui n’a pas été dit – explorant la communauté mennonite à laquelle appartenait sa famille, le plautdietsch, un dialecte germanophone qui en est la langue officielle. Elle réfléchit à son enfance, au rôle du langage dans son univers de l’époque, et à la place omniprésente de la religion, qui régissait chaque interaction sociale. Elle évoque aussi le mystère qui, selon elle, définit la vie de sa sœur : une quête sans fin pour donner des mots à l’inexplicable. « Ma sœur est la marge austère et blanche qui encadre notre prose désordonnée. » L’ouvrage, intitulé Une trêve sans paix de Miriam Toews, a été traduit de l’anglais (Canada) par Paul Gagné. Il compte 208 pages et coûte 21,50 €. Il est actuellement disponible en librairie.