Le plan français face aux défis de l'adaptation agricole

Le « plan de relance agricole » du gouvernement français doit, selon un think tank, donner la priorité à la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement afin de bâtir des systèmes moins vulnérables aux risques climatiques et géopolitiques. Le plan prévoit plus d'un milliard d'euros destinés à « l'urgence », ainsi qu'une seconde enveloppe de 500 à 700 millions d'euros pour la « relance » de l'agriculture en 2027, axée sur l'adaptation des bâtiments d'élevage et sur le stockage de l'eau. Toutefois, les modalités de cette enveloppe 2027 restent floues, et sa mise en œuvre dépend de l'adoption du budget actuellement examiné par le Parlement.

Un soutien public important à l'investissement agricole

Une étude publiée par l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), rédigée avec la chercheuse Olia Tayeb Cherif, montre qu'entre 2022 et 2024, les secteurs agricole et agroalimentaire ont bénéficié d'environ 2 milliards d'euros par an de soutiens publics (européens, nationaux ou locaux) pour leurs investissements physiques hors foncier (bâtiments, équipements, plantations). Cette période a été qualifiée de « période de soutien fort à l'investissement », portée par les plans de relance post-Covid France Relance et France 2030, dont la fin est apparemment programmée en raison des contraintes budgétaires.

Des progrès limités vers la durabilité

Sur ces 2 milliards d'euros, environ 30 % (600 millions d'euros) ont été « au moins théoriquement orientés vers une transition plus résiliente et durable » (production d'énergies renouvelables, réduction ou optimisation de la consommation d'énergie, d'eau, de produits phytosanitaires et d'engrais), même si, dans les faits, ces objectifs n'ont pas toujours été atteints. Seuls 10 % de ces 600 millions d'euros ont financé des « transitions structurelles » : diversification de la production végétale, accompagnement de la réduction ou de la réorganisation des troupeaux, développement de l'agriculture biologique, relocalisation des cultures pérennes vers des zones climatiques plus favorables.

Des financements insuffisants pour un changement durable

L'enveloppe 2027, bien que significative, « ne suffira pas à achever la transition du modèle agricole français », estiment les auteurs. Ils appellent à « réexaminer l'ensemble des soutiens publics aux secteurs agricole et agroalimentaire ». L'adaptation aux effets du changement climatique est nécessaire, mais non suffisante, affirment-ils ; il faut aussi réduire les dépendances aux importations d'intrants critiques, notamment les énergies fossiles, les engrais et les tourteaux de soja. Ils insistent sur la nécessité de s'engager dans une trajectoire de transition agroécologique pour préserver la stabilité du climat, de la biodiversité, de l'eau et des sols, qui sont le fondement même de la production agricole.

Nécessité d'un soutien stratégique et de critères

Le financement de « projets d'avenir », qui vise à adapter la production en remplaçant, par exemple, des vignes par des pistachiers dans le Sud, ou à structurer les filières pour garantir des débouchés à ces nouvelles productions, apparaît comme un dispositif pertinent. Les auteurs demandent toutefois à l'État de compléter cette aide à l'investissement par un « accompagnement » de ces projets. Pour garantir l'efficacité de ces projets ainsi que des prêts à taux zéro, ils estiment qu'il faudrait y intégrer des critères assurant leur « compatibilité (…) avec les projections climatiques et les ressources en eau du territoire », leur « contribution à la diversification de la production », ainsi qu'une « indépendance stratégique vis-à-vis des produits importés de manière critique (énergies fossiles, engrais, tourteaux de soja) ».