Un retraité et syndicaliste français s'inquiète de l'influence croissante du Rassemblement national auprès des travailleurs, malgré son positionnement d'extrême droite et sa rhétorique antisystème.
Le blouson syndical d'Alain et la manifestation
Alain, ouvrier à la retraite qui porte un blouson rouge de la CGT depuis soixante ans, a participé à une manifestation à Orléans contre le congrès du Rassemblement national (RN) tenu au Zénith le 24 octobre. L'événement répondait à l'influence grandissante du RN auprès des électeurs issus des classes populaires.Écart dans le nombre de manifestants
Selon la préfecture, 13 000 personnes ont participé à la manifestation, tandis que les organisateurs en revendiquaient 26 000. Alain a fait remarquer que le Rassemblement national est devenu le premier parti de France chez les classes populaires, alors qu'il ne s'engage pas dans les luttes sociales. Il s'est dit inquiet : l'arrivée du RN au pouvoir serait une catastrophe.Évolution de l'adhésion syndicale
Alain, qui a travaillé dans une usine de métallurgie à Bourges, affirme que, à la CGT, le syndicat reste actif, mais qu'à Force ouvrière (FO), au moins 60 % des adhérents se sont tournés vers l'extrême droite. Il estime que la gauche a perdu ces adhérents depuis le quinquennat de François Hollande.Une ville bouclée pour le congrès
Le congrès du Rassemblement national a exigé l'immobilisation de toute une ville. Le parcours de la manifestation anti-RN a été modifié par la préfecture vers une zone restreinte, loin du centre-ville. La statue en bronze de Jeanne d'Arc a été entourée de barrières, et le maire de la commune, Serge Grouard, a fait fermer les ponts reliant les deux rives de la Loire.Sécurité et nouveaux thèmes
Depuis 1972, le Rassemblement national a ses obsessions éternelles, comme la sécurité et l'immigration, ainsi qu'une tradition de chanter La Marseillaise à chaque occasion. Cette fois, pourtant, le parti a abordé le pouvoir d'achat, les revendications des lycéens et le manque de moyens de l'Éducation nationale.Débat sur la jeunesse et l'éducation
Le député Michel Guiniot, qui ressemble à Mélenchon, a reconnu que les revendications étaient acceptables, à condition qu'elles soient formulées calmement et sans actes violents. Alexandre, un lycéen de 16 ans originaire du Var, est venu assister à l'événement pour Jordan Bardella, qu'il considère comme talentueux. Il a grandi dans un HLM confronté à des problèmes de sécurité.Identité et critique idéologique
Louise Montangon, étudiante à l'UNI, proche du Rassemblement national, a participé à une table ronde sur le thème de la restauration de l'école de la nation. Elle a brièvement reconnu la légitimité de certaines revendications des lycéens, mais a insisté sur l'effet néfaste de l'idéologie d'extrême gauche sur l'excellence de l'école.Wokisme et focus identitaire
Roger Chudeau, député du Rassemblement national, a évoqué l'impact du « wokisme » à l'université, notamment la déconstruction des savoirs, la déconstruction du masculin et du féminin, et les « hommes enceints ». Tony Bonalair, président du mouvement de jeunesse du RN, a affirmé qu'il n'avait jamais appris à aimer la France pendant sa scolarité. Le débat sur l'éducation s'est ainsi réduit à l'obsession de l'extrême droite : l'identité.Promesses financières et économies
Le Rassemblement national met en avant des économies miraculeuses, affirmant avoir réduit de 75 % les dettes du parti depuis 2022, ce qui en fait le parti le moins endetté de France. Le député Kevin Pfeffer, trésorier du parti, s'est félicité de ce résultat et a suggéré des économies similaires pour les finances de l'État, estimées à 140 milliards d'euros.Polémiques et questions de sécurité
Malgré son insistance sur la paix civile, le Rassemblement national a connu des incidents, comme l'expulsion forcée de deux journalistes de Mediapart. Certains sympathisants se sont montrés sceptiques à l'égard des messages antisémites qu'aurait envoyés Jordan Bardella dans sa jeunesse, affirmant qu'ils ne seraient pas concernés si la justice confirmait ces messages.Symbole et choix personnel
Thomas, barman de 34 ans et créateur d'une marque de foulards de luxe à Orléans, porte une croix de Lorraine comme symbole de résistance. Il ne s'y réfère pas à de Gaulle et à la France libre, mais au drapeau français. Il a rejoint le cortège pour faire entrer un peu de France au milieu des drapeaux palestiniens. Thomas vote pour le Rassemblement national parce qu'il se sent en insécurité face aux racistes, et pour améliorer sa sécurité.Vétérans et fidélité idéologique
Jean et Antonin, d'anciens vétérans du Front national de l'Isère, appellent Jean-Marie Le Pen « papa » et pardonnent ses « conneries ». Ils ont assisté à toutes les fêtes du BBR (bleu, blanc, rouge) depuis 1981. Ils ont leurs journalistes préférés sur CNews, persuadés qu'ils sont les seuls à dire la vérité. Jean possède une arme chez lui, et celle d'Antonin lui a été retirée après une perquisition. Ils estiment que la paix civile doit être maintenue sous la menace des armes.