Les 1er et 2 octobre, le Musée d'Orléans pour la Biodiversité et l'Environnement (MOBE) a accueilli une conférence intitulée « Associer l'élevage pastoral et la gestion des écosystèmes du bassin de la Loire ». Organisé par le Conservatoire d'espaces naturels Centre-Val de Loire, l'événement a réuni scientifiques, éleveurs et représentants d'institutions pour explorer les liens entre pastoralisme et préservation de la biodiversité, notamment à travers le projet Pasto'Loire. Les débats ont porté sur la manière dont les pratiques agricoles traditionnelles peuvent soutenir la biodiversité et l'équilibre environnemental dans la région. Les prairies naturelles le long de la Loire disparaissent progressivement, en partie à cause de l'embroussaillement et de la progression des ligneux. Pour y remédier, le projet Pasto'Loire, piloté par le Conservatoire d'espaces naturels Centre-Val de Loire, promeut le retour du pâturage par les troupeaux. Cette méthode permet de maintenir des paysages ouverts, essentiels à de nombreuses espèces végétales et animales. Michel Prévost, président du Conservatoire, a souligné que la préservation de la biodiversité dans le bassin de la Loire doit intégrer l'élevage traditionnel, et non l'enfermer dans des conditions artificielles. Il a précisé que l'objectif est de préserver des paysages vivants grâce à des pratiques adaptées à l'environnement. Le pâturage joue également un rôle dans les processus hydrologiques de la rivière. Stéphane Braud, hydromorphologue, a expliqué que la croissance des forêts alluviales dans les lits mineurs peut influencer les niveaux d'eau. Si la végétation permet de réduire l'impact des crues en aval, sa gestion doit être adaptée aux spécificités de chaque zone. Cela souligne la nécessité d'une planification rigoureuse et d'une collaboration entre les différents acteurs concernés. Le projet Pasto'Loire repose sur un partenariat entre éleveurs et gestionnaires d'espaces naturels. Les agriculteurs bénéficient d'un accès aux zones de pâturage, et leurs troupeaux contribuent à l'entretien des prairies. Michel Prévost a qualifié cette collaboration de « partenariat gagnant-gagnant », permettant de concilier activité économique et conservation de l'environnement. François Michau, directeur des programmes à la Fédération des Conservatoires d'espaces naturels, a ajouté que le projet favorise le partage de connaissances entre acteurs locaux et s'inscrit dans une dynamique plus large à l'échelle du bassin ligérien, incluant des initiatives liées aux zones humides et aux espèces invasives. Cependant, cette collaboration exige une prise en compte attentive des spécificités du fleuve. Les crues et les variations saisonnières obligent les éleveurs à adapter la présence de leurs troupeaux en fonction des conditions environnementales et des besoins des espèces protégées. Corinne Eychenne, professeure de géographie à l'Université Toulouse Jean Jaurès, a décrit le pastoralisme comme une forme d'élevage extensif reposant sur la mobilité des troupeaux et l'utilisation des ressources naturelles. Elle a souligné que les éleveurs interviennent souvent sur des terrains appartenant à d'autres, ce qui pose des défis en matière d'accès aux terres. Au-delà de ses bénéfices écologiques, le pastoralisme est une profession exigeante. Les éleveurs doivent maîtriser des compétences spécifiques, comme l'observation des animaux et l'adaptation à des milieux variés. Le travail est physiquement éprouvant, et la gestion des abris et des espaces partagés complexifie encore la tâche. Corinne Eychenne a plaidé pour une meilleure reconnaissance de ces difficultés dans les politiques agricoles et a préconisé la formation de collectifs pastoraux afin d'appuyer les éleveurs grâce à des ressources partagées et une coopération renforcée. Si le projet Pasto'Loire montre que l'élevage peut contribuer à la préservation de l'environnement, la conférence a également rappelé que les animaux ne doivent pas être réduits à de simples outils d'entretien des paysages. Corinne Eychenne a insisté sur le fait que le pastoralisme implique à la fois les éleveurs et les animaux, ces derniers ayant leurs propres besoins et comportements. Cette approche encourage une vision plus holistique du pâturage, prenant en compte le bien-être à la fois de l'environnement et des personnes qui en assurent la gestion. Pour Michel Prévost, le projet Pasto'Loire représente une « formidable aventure humaine ». Il y voit une manière de reconnaître la complexité de la gestion des paysages, qui implique non seulement l'environnement, mais aussi les personnes, les savoir-faire et les animaux qui participent à sa préservation. Les échanges lors de la conférence ont mis en lumière l'importance de penser la coexistence de ces éléments de manière cohérente et durable.