Les conditions de sécheresse continuent de peser sur la disponibilité des fourrages, le modèle de croissance des herbes Isop indiquant un déficit national de croissance de 40 % au 20 septembre. Autrement dit, les graminées, essentielles pour l’alimentation du bétail, n’ont pas poussé autant que prévu. Soline Schetelat, ingénieure agricole à l’Institut de l’Élevage, explique que les agriculteurs peuvent encore semer des prairies en octobre en utilisant une technique associant culture intermédiaire et semis direct. Cette méthode permet de protéger les jeunes plantules des rigueurs hivernales tout en favorisant la production de biomasse au printemps. Elle consiste à semer un mélange de céréales et de légumineuses à une profondeur d’environ 2 à 3 cm, tandis que les espèces prairiales sont déposées en surface lors du même passage ou d’un passage ultérieur. Le roulage du sol est crucial pour assurer un bon contact entre les graines et la terre. Les cultures intermédiaires peuvent être récoltées à différents stades selon l’objectif recherché : les légumineuses en fleur offrent la meilleure qualité, tandis que les céréales à ce stade offrent un compromis entre qualité et quantité. Les essais menés à la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, en Maine-et-Loire, ont donné des résultats encourageants. Un mélange de triticale, de féveroles, de vesce et de trèfle semé mi-octobre et récolté au stade floraison des céréales a produit 8 tonnes de matière sèche par hectare au printemps. Les espèces prairiales sous-jacentes, dont fétuque, ray-grass et divers trèfles, peuvent générer jusqu’à 2 tonnes supplémentaires de matière sèche par hectare pour le reste de l’année. Soline Schetelat souligne que cette pratique se répand dans le Grand Ouest. L’utilisation de semences fermières plutôt que l’achat de semences commerciales permet de réduire les coûts de plantation. Elle recommande également aux éleveurs de ne pas remettre trop tôt leurs animaux au pâturage après le retour des pluies. Cela laisse le temps aux prairies de se rétablir et de se renforcer. La croissance de l’herbe est lente au début, puis s’accélère à mesure que les plantes développent davantage de feuilles, ce qui améliore leur capacité à photosynthétiser. Les agriculteurs sont invités à attendre que l’herbe atteigne une hauteur d’environ 8 à 10 cm avant de la faire pâturer, car un broutage trop précoce peut nuire à la productivité à long terme des prairies.