Les mots que les parents emploient peuvent avoir un effet durable sur leurs enfants, façonnant la manière dont ceux-ci se perçoivent. Une remarque formulée dans un moment de stress ou d’épuisement peut être mal interprétée par l’enfant, qui en viendra à croire que le problème vient de lui plutôt que de l’humeur du parent. La psychologue Solenne Rouxel explique que les enfants construisent souvent leur image d’eux-mêmes en fonction de la façon dont les adultes, en particulier ceux qui leur sont proches, les perçoivent. « Ils peinent à prendre du recul face aux réactions de leurs parents et à comprendre que leur frustration ne les vise pas directement », souligne-t-elle. Des commentaires répétés peuvent peu à peu s’intégrer à la perception que l’enfant a de lui-même, influençant sa confiance en soi et son bien-être émotionnel bien après que ces mots ont été prononcés. Solenne Rouxel entend souvent ses patients évoquer des phrases de leur enfance qui résonnent encore en eux. Certaines de ces remarques, bien que paraissant anodines aux yeux du parent, peuvent peser émotionnellement sur l’enfant. « L’émotion associée à ces mots peut persister des années plus tard », observe-t-elle. Sans chercher à culpabiliser les parents, qui peuvent être stressés ou submergés, il est important de réfléchir à la manière dont certaines phrases peuvent façonner le dialogue intérieur de l’enfant au fil du temps. Voici cinq exemples de propos qui méritent peut-être d’être revus. L’une de ces phrases est « Tu parles trop », qui peut être dite lorsqu’un parent cherche à retrouver calme ou concentration. Pourtant, si elle revient souvent, l’enfant peut en intérioriser l’idée que sa voix est un fardeau. Cela peut le conduire à penser que ses idées n’ont pas d’importance ou qu’il devrait se taire. Comme l’explique Rouxel, cela peut engendrer une croyance du type « Je parle trop » ou « Ce que je dis n’intéresse personne ». Une autre phrase, « J’en ai marre de toi », peut exprimer une frustration passagère chez un parent fatigué. Pourtant, l’enfant peut l’interpréter comme un rejet personnel, se sentant trop encombrant. Cela peut entraîner des sentiments de culpabilité et un repli sur soi, les enfants ayant souvent du mal à remettre en question le soutien émotionnel qu’ils reçoivent des adultes. La phrase « Tu fais tout de travers » peut suivre une petite erreur de l’enfant, comme renverser un verre ou oublier une consigne. Pourtant, cette formulation peut donner à l’enfant l’impression que tout ce qu’il fait est défectueux. Elle peut contribuer à une image de soi plus négative, le poussant à douter de ses capacités et à se sentir incapable de bien faire. De même, dire « Tu es vraiment maladroit » après un incident peut sembler une simple observation. Mais l’usage répété de cette étiquette peut amener l’enfant à se définir par ses erreurs plutôt que de les voir comme des contretemps temporaires. Enfin, « Tu es trop sensible » peut être employé pour minimiser les émotions fortes de l’enfant. Pourtant, cela peut lui donner l’impression que ses sentiments sont gênants ou qu’il doit les cacher. Rouxel insiste sur le fait que les mots des adultes laissent des traces durables, façonnant le paysage émotionnel de l’enfant pendant des années. Il est donc essentiel que les parents soient attentifs à la manière dont ils s’adressent à leurs enfants, en choisissant des mots qui favorisent la confiance en soi et la sécurité affective.