Les astronomes ont découvert une quantité colossale de vapeur d’eau entourant un quasar lointain connu sous le nom d’APM 08279+5255, situé dans la constellation du Lynx. Cette vapeur d’eau représenterait un volume équivalent à 140 000 milliards de fois la quantité d’eau présente dans les océans terrestres. La découverte a été réalisée en 2011 grâce à deux instruments puissants : le télescope Z-Spec sur le Mauna Kea, à Hawaï, et l’interféromètre du Plateau de Bure, dans les Alpes françaises. Une lentille gravitationnelle — une galaxie située entre le quasar et la Terre — a permis d’amplifier la lumière en provenance du quasar, facilitant ainsi la détection de la vapeur d’eau par les chercheurs. Le quasar APM 08279+5255 est alimenté par un trou noir supermassif dont la masse équivaut à environ 20 milliards de fois celle du Soleil. Il est observé tel qu’il apparaissait quelques centaines de millions d’années après le Big Bang, et sa lumière a voyagé pendant environ 12 milliards d’années avant d’atteindre la Terre. La vapeur d’eau détectée autour du quasar est bien plus dense que la densité moyenne de la matière dans l’espace, et sa température est d’environ -63 degrés Celsius. Cela est significativement plus chaud que les nuages moléculaires typiques que l’on trouve dans notre propre galaxie. Des observations complémentaires menées avec le télescope spatial Chandra ont révélé des vents de gaz puissants, soufflant à des vitesses pouvant atteindre 40 % de la vitesse de la lumière. Ces vents sont créés par l’activité intense du trou noir et façonnent l’environnement qui l’entoure. La découverte d’un tel réservoir d’eau suggère que les ingrédients de base nécessaires à la vie, tels que nous les concevons, étaient déjà présents dans l’univers primordial, bien avant la formation de notre système solaire. Depuis cette découverte majeure, d’autres réservoirs de vapeur d’eau ont été identifiés à divers endroits, comme dans la nébuleuse d’Orion ou autour du disque protoplanétaire de l’étoile PDS70. Ces résultats indiquent que l’eau est plus répandue dans l’univers qu’on ne le pensait auparavant, se trouvant à la fois dans les régions les plus lointaines de l’espace et dans des zones plus proches de nous. Cela suggère un lien possible entre les origines de l’univers et l’émergence de mondes habitables, montrant que les éléments constitutifs de la vie ont peut-être été répandus dès le début.