La France teste l'IA dans les services aux personnes handicapées, visant à réduire les délais de traitement mais confrontée à des retards dans la publication des résultats et la fixation des taux d'erreur.
Délais de traitement des demandes liées au handicap
En 2024, 1,8 million de personnes ont déposé une demande auprès d'une maison départementale des personnes handicapées (MDPH), et le délai moyen de traitement a atteint 4,8 mois, selon les Chiffres clés de l'accompagnement de l'autonomie 2026 de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).Expérimentation de l'IA dans les MDPH
La CNSA a mené une expérimentation dans 11 MDPH recourant à l'IA pour prendre en charge les premières étapes du traitement des demandes, comme la découpe des dossiers numérisés, la reconnaissance des documents et la vérification du caractère complet des demandes. L'expérimentation comprenait également un chatbot juridique, dont les résultats sont attendus d'ici mi-octobre 2026.Résultats non encore publiés
Au 20 octobre, la CNSA n'avait pas publié les résultats de l'expérimentation ni la méthode d'évaluation. La caisse se trouve dans la phase finale de sa feuille de route IA 2025-2026, dont 29 des 36 actions prévues ont déjà été déployées.Cadre de l'expérimentation et limites
Le cadre de l'expérimentation, document public de la CNSA, limitait l'IA aux dossiers papier et imposait l'utilisation de dossiers de personnes décédées comme données de test. Il excluait toute écriture dans le système d'information des MDPH, l'objectif étant d'évaluer la capacité de l'IA à trier de véritables pièces de documents.Garanties et processus de sélection
Les garanties encadrant l'utilisation de l'IA pour les demandes en cours, comme des taux d'erreur acceptables et la correction des pièces rejetées à tort, restent à définir. Le processus de sélection prévoyait jusqu'à dix MDPH, une enveloppe de 250 000 euros et un jury chargé d'évaluer les outils.Exigences juridiques et techniques
Le cadre exigeait que les outils soient hébergés en France ou en Europe et non soumis au Cloud Act ni au Patriot Act. Il précisait également qu'un chatbot juridique, fondé sur l'IA générative, doit citer ses sources avec précision et ne pas se substituer à l'expertise humaine.Gestion documentaire et contrôles
Le second cas d'usage portait sur un outil devant séparer les dossiers papier numérisés en documents, reconnaître chaque pièce, la nommer et la classer. Il vérifie si la demande est complète et extrait des informations clés, comme l'identité du demandeur et la date de dépôt.Considérations éthiques et juridiques
Le cadre de l'expérimentation établissait un dispositif clair en matière d'éthique et de sécurité des données, avec une supervision humaine obligatoire. Toutefois, il ne précisait ni seuils de réussite ni analyse d'impact relative à la protection des données, que le RGPD impose pour les traitements à grande échelle de données de santé.Généralisation et étapes suivantes
La CNSA a annoncé que, si les résultats sont concluants, les outils d'IA pourraient être généralisés à l'ensemble du territoire. Cependant, aucun calendrier ni aucun critère de généralisation n'ont été communiqués, et le cahier des charges des tests ainsi que les indicateurs n'ont pas été publiés.Comparaison avec d'autres régions
En Bavière, le Landratsamt de Kelheim a lancé un projet pilote utilisant l'IA pour vérifier les documents lors de la demande en ligne de titres de séjour. Contrairement au test français, cette IA alerte les demandeurs au cours de la procédure, plutôt que d'assister les agents sur des dossiers déjà reçus.