Fabrice Camaioni, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), a déclaré que les négociations à venir ne devraient pas se limiter à la recherche d’un budget financier supplémentaire. La FSPF souhaite en effet repenser l’ensemble du système de rémunération des pharmaciens. L’objectif est de réduire la dépendance au nombre d’ordonnances, de mieux reconnaître le travail des pharmaciens et de protéger les officines les plus vulnérables des conséquences de la réforme. Camaioni a insisté sur le fait qu’une enveloppe financière fixe ne serait pas la bonne approche. Selon lui, il faut d’abord bien comprendre la situation économique des officines, identifier les déséquilibres actuels et mettre en place des mécanismes de compensation adaptés. Ce n’est qu’après cette analyse que les besoins spécifiques pourront être déterminés et qu’un système de rémunération pourra être conçu pour refléter la diversité du réseau pharmaceutique. Les baisses de prix des médicaments constituent un défi majeur pour les pharmacies. Selon Camaioni, les baisses de prix de 1,1 milliard d’euros sur les médicaments non génériques ont entraîné des pertes de 39 millions d’euros pour les pharmacies en 2025. En revanche, les baisses de prix sur certains médicaments génériques ont eu un impact bien plus important, avec des pertes représentant au moins 40 % de ce montant pour les pharmaciens. Camaioni a plaidé pour une augmentation de la part de la rémunération basée sur des honoraires, reconnaissant que l’analyse des ordonnances prend du temps qui n’est pas lié au nombre de médicaments délivrés. Il a cependant admis que cette orientation pourrait pénaliser environ 10 % des pharmacies, en particulier les plus petites. Pour les soutenir, il a proposé une allocation fixe ou liée à des critères précis afin de leur apporter un soutien financier. Camaioni a souligné que les missions dépassant la simple dispensation des médicaments, comme la correction d’erreurs d’ordonnances ou la suspension des livraisons pour consulter un médecin, devraient être rémunérées. Cela nécessiterait d’intégrer ces tâches directement dans les logiciels de gestion des officines pour les suivre et les valoriser correctement. Camaioni a également mentionné que les économies réalisées grâce à la substitution des médicaments biologiques par des biosimilaires, soit environ 170 millions d’euros pour l’Assurance maladie l’an dernier, devraient être prises en compte. Cependant, il a souligné que les pharmaciens ne devraient pas assumer seules de nouvelles responsabilités sans une reconnaissance appropriée. Il a appelé à une réévaluation de la répartition de la valeur, notamment concernant le rôle des groupements de pharmacies dans la chaîne d’approvisionnement des médicaments. Tout en reconnaissant leur utilité, il a insisté sur la nécessité de documenter et, si nécessaire, de mieux encadrer les activités des intermédiaires, certains pouvant capter une part importante de la valeur. Camaioni a mis en garde contre le risque que la réforme accélère la restructuration du réseau pharmaceutique, entraînant une baisse continue du nombre d’officines dans certaines zones. Il a soutenu les groupements qui impliquent des investissements significatifs pour adapter les locaux et assumer de nouvelles responsabilités, mais s’est opposé à un fonds de compensation qui maintiendrait certaines officines dans une dépendance permanente à l’aide. Il a insisté sur l’importance de préserver l’indépendance du réseau pharmaceutique, mettant en garde contre la financiarisation du secteur de la santé. Il a également souligné la nécessité d’informer les jeunes pharmaciens sur les structures d’accompagnement disponibles et de veiller à ce que les accords soient correctement examinés par l’ordre professionnel concerné. Il a noté que la pénurie médicale actuelle renforce l’urgence de revoir le modèle économique des pharmacies, les pharmaciens devant être reconnus économiquement pour assumer des responsabilités supplémentaires. Même si la démographie médicale s’améliore dans les années à venir, la question de la distribution des médicaments restera sans solution.