FSPF approuve le plan du gouvernement avec réserves

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) a approuvé le plan du gouvernement visant à répondre à la financiarisation des pharmacies, tout en relevant certaines limites. Présenté le 13 octobre, le plan gouvernemental vise à contrôler les effets de la financiarisation selon trois axes et dix mesures : accompagner les professionnels lors de leur installation, préserver leur indépendance et encadrer les investissements, notamment dans les plateformes techniques coûteuses.

Ampleur de la financiarisation dans le secteur de la santé

Les chiffres illustrent l'ampleur du phénomène : 4 milliards d'euros ont été investis par des fonds dans la santé entre 2020 et 2024, 62 % des sites de prélèvement de biologie médicale sont exploités par six groupes financiers, et les fonds d'investissement détiennent environ 30 à 35 % des centres d'imagerie. Dans les pharmacies, un tiers des titulaires auraient souscrit un emprunt obligataire.

La FSPF réclame un renforcement des contrôles

La FSPF salue une approche préventive, mais regrette l'absence de mesures correctrices pour les situations déjà existantes ainsi que le manque de sanctions clairement définies en cas d'infraction. Fabrice Camaioni, président du syndicat, déclare que « les ordres professionnels devront disposer des moyens nécessaires et avoir évidemment la possibilité de récupérer l'ensemble des contrats afin de les contrôler ».

Encadrer les groupes financiers par l'impôt

L'article 10 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (PLFSS) prévoit d'encadrer les groupes, dont le rôle croissant et le manque de transparence ont été soulignés par le rapport de l'Igas et de l'IGF, publié en mai dernier. Une taxe de 15 % sur certains flux financiers transitant par les laboratoires pourrait rapporter 120 millions d'euros. L'objectif est de récupérer une partie de la valeur captée par les groupes, notamment autour des génériques, et de la réorienter vers les pharmacies. La FSPF soutient cette démarche, tout en insistant sur « le fait qu'il est fondamental qu'elle soit bien dirigée vers les pharmacies ».

Discussions à venir avec le Sénat

Le 29 octobre, le syndicat rencontrera le Sénat, aux côtés de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) et des deux syndicats représentant les groupes, la Chambre syndicale des groupements de pharmaciens Federgy et l'Union des groupements de pharmaciens d'officine (UDGPO), afin de discuter de ces dispositions.

Controverse autour de la dispensation à l'unité

Autre sujet de discorde, l'article 28 prévoyait initialement la dispensation à l'unité (DAU) de certains antibiotiques. La commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale l'a remplacé par un amendement étendant le dispositif aux médicaments dont le conditionnement serait jugé inadapté. Pour la FSPF, cette extension alourdirait le travail administratif sans bénéfices démontrés. Elle privilégie l'adaptation des conditionnements et le respect des recommandations de prescription. « C'est une véritable fausse bonne idée », critique son président, qui rappelle que la Cour des comptes a également alerté sur le risque de hausse des coûts et l'absence de gains d'efficience. La FSPF entend contacter les députés avant l'examen de l'amendement en séance.

Avenir incertain du projet de loi PLFSS

L'issue reste incertaine : le PLFSS pourrait être adopté avec des amendements, par le recours à l'article 49.3 ou par décret. Dans ce dernier cas, l'article 28 initial serait rétabli. La clause de revoyure, au cœur des discussions.

Préparatifs de la réforme de la rémunération

La première réunion préparatoire à la réforme du modèle de rémunération s'est tenue à la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam). Pour la FSPF, il est impossible de construire un nouveau modèle sans vérifier au préalable la trajectoire financière prévue par la convention actuelle. La clause de revoyure du premier avenant à la convention pharmaceutique a été ouverte à l'été 2026, lors d'une réunion décisive au ministère de la Santé, le 22 juin 2026, entre l'Assurance maladie et les syndicats USPO et FSPF. Il a été convenu que si la trajectoire financière prévue par la convention et les montants effectivement constatés ou prévisionnels émanant du réseau officiel dépassent 0,5 %, des paramètres pourront être modifiés pour compenser le retard. L'objectif conventionnel est d'apporter un milliard d'euros supplémentaire au réseau en 2027. Cependant, selon les estimations d'Iqvia présentées par le syndicat, le manque à gagner atteindrait 60 à 65 millions d'euros en 2026 et pourrait grimper à 150 millions en 2027. La Cnam conteste ces chiffres et doit revenir avec des données affinées.

Impact des baisses de prix des génériques

Fabrice Camaioni souligne également l'impact des baisses de prix des génériques : « une diminution de 180 à 200 millions d'euros entraînerait une perte de rémunération de 40 %, soit environ 80 millions d'euros pour les pharmaciens. Il faudra vraiment activer cette clause de revoyure », affirme-t-il. La FSPF attend désormais les réponses de l'Assurance maladie dans les prochains jours ou semaines. Des pistes d'évolution du modèle ont été évoquées, mais les discussions de fond n'ont pas encore commencé.

Règles encadrant les vaccinations en entreprise

Des règles restrictives encadrent la vaccination en entreprise. Interrogé par un adhérent sur la vente de vaccins antigrippaux aux entreprises, Fabrice Camaioni rappelle qu'une pharmacie ne peut pas délivrer directement des lots de 10, 50 ou 100 doses sans ordonnance. De plus, une entreprise n'est pas autorisée à stocker des vaccins. Deux options sont possibles : une ordonnance nominative pour chaque salarié, émise par un médecin ou une infirmière, ou une commande sur ordonnance à usage professionnel. La FSPF a diffusé une circulaire précisant les mentions nécessaires. Le président du syndicat regrette que « cette extension de la réglementation européenne par l'inscription du vaccin ne nous avantage pas, car elle est mal adaptée aux besoins des pharmacies, mais nous nous organiserons », déclare Fabrice Camaioni.